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13/05/2015 11:01 EDT | Actualisé 13/05/2016 01:12 EDT

Le président burundais, "proche du peuple" ou "impitoyable", à l'épreuve d'une tentative de putsch

Confronté à une tentative de coup d'Etat militaire après deux semaines de manifestations de rue, le président burundais Pierre Nkurunziza se pose en "père de la Nation", mais ceux qui le connaissent le qualifient plutôt d'"impitoyable".

Grand sportif, protestant "born again" prosélyte, ce Hutu - l'ethnie majoritaire - de 50 ans au crâne rasé et à la carrure d'athlète est qualifié de "populiste" par ses adversaires.

Au pouvoir depuis 2005, il n'a jamais caché sa volonté de se représenter en juin, quitte à diviser son petit pays des Grands Lacs, en proie depuis le 26 avril à une contestation populaire qui a fait une vingtaine de morts.

Formé par des années de maquis, "Nkurunziza est quelqu'un qui a un instinct de survie et de maintien au pouvoir très élevé, quelqu'un de très calculateur qui s'est mis à travailler pour sa prochaine réélection dès qu'il a été élu en 2005", assure Innocent Muhozi, président de l'Observatoire de la presse au Burundi (OPB).

"Ce sont ses détracteurs qui tiennent ce genre de discours", rétorque le responsable de la communication présidentielle, Willy Nyamitwe, qui, pour prouver sa "bonne gouvernance", détaille sa semaine de travail: du lundi au jeudi, le président rejoint son bureau à 06H30 après une heure de natation, puis repart dans l'après-midi pour une partie de football ou de basket. Puis "il monte à l'intérieur du pays à la rencontre de la population, pour s'adonner aux travaux communautaires, avant de consacrer le dimanche à sa famille".

Cet emploi du temps fait tiquer ses détracteurs.

"Ce président passe son temps à (...) construire des écoles, pétrir le ciment ou la boue, jouer au football ou prier et n'a pas le temps de s'occuper des dossiers", ironise Léonce Ngendakumana, président du parti d'opposition Frodebu.

M. Nkurunzia ne se déplace jamais sans son équipe de football et sa chorale, jouant avec des équipes locales et organisant des prières partout où il passe.

Pour ses nombreux soutiens, cela ne l'empêche pas d'avoir réalisé une oeuvre "titanesque", notamment la construction de plus de 5.000 écoles. 10 stades omnisports aussi, dont un, dans la localité natale du chef de l'Etat, à Buye (nord), lui est exclusivement réservé.

- 'Volonté divine' -

Pierre Nkurunziza est né le 18 décembre 1964 dans une famille aisée. En 1972, son père, député, est tué lors de massacres interethniques qui déciment l'élite hutu.

"Nkurunziza, comme la plupart des dirigeants de la rébellion des FDD" formée au début de la longue guerre civile (1993-2006), "est un orphelin de 1972", explique un haut fonctionnaire.

A la sortie du lycée, il veut devenir officier ou économiste: impossible, du fait des restrictions contre les Hutu instaurées par le pouvoir tutsi d'alors. En 1991, il devient finalement professeur d'éducation physique.

Il rejoint la rébellion en 1995. Gravement blessé, il survit quatre mois dans des marécages. De là date sa conversion à l'évangélisme, car Dieu, dit-il, lui serait apparu pour lui annoncer qu'il dirigerait un jour le Burundi.

"Nkurunziza croit en effet qu'il est président de la République de par la volonté divine" et "organise donc toute sa vie et sa gouvernance" en conséquence, confirme son porte-parole.

Chaque année, lors de grandes "croisades de prières", le président et son épouse, pasteure évangéliste, prêchent devant les citoyens et hauts responsables du pays.

Alexis Sinduhije, opposant en exil, ne croit pas à cette piété affichée: "La pauvreté s'est accrue, les violations des droits de l'Homme sont la règle et la corruption s'est généralisée depuis que Nkurunziza est au pouvoir".

Critiqué par l'opposition qui juge un troisième mandat anticonstitutionnel, le président est aujourd'hui contesté jusque dans les rangs de son parti, le Cndd-FDD, qui l'a désigné candidat à la présidentielle fin avril.

Quelque 130 cadres supérieurs du parti se sont publiquement opposés à un troisième mandat. Tous ont perdu leurs postes, certains se retrouvant en prison, d'autres choisissant la clandestinité car craignant pour leur vie.

"Sous ses dehors de gentil (...), c'est un homme impitoyable", résume un ex-proche du président. "Quoiqu'il arrive, Pierre Nkurunziza sera candidat à sa propre succession et gare à ceux qui vont se mettre en travers de sa route".

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