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13/05/2015 05:44 EDT | Actualisé 13/05/2016 01:12 EDT

Le défaut de la Grèce, un processus forcément brouillon, et encore très hypothétique

Rien à voir avec une faillite d'entreprise décrétée par un tribunal: si la Grèce devait faire défaut, un scénario encore très hypothétique, il s'agirait certainement d'une procédure brouillonne.

Q: Et si la Grèce faisait faillite?

Un Etat ne peut "faire faillite" au sens juridique du terme, défini par la "situation d'un commerçant dont le tribunal a constaté la cessation de paiements" et comme la "procédure organisée pour le règlement collectif de cette situation".

En l'absence de "tribunal" pour les Etats, ou de "procédure organisée pour le règlement collectif", la Grèce ne peut faire faillite, mais elle risque au mieux l'incident de paiement, au pire le "défaut", c'est-à-dire l'incapacité à rembourser ou refinancer sa dette, ou au moins à payer les intérêts.

Q: A quel moment le pays risque-t-il de faire défaut?

Son ministre des Finances Yanis Varoufakis a jugé lundi que le pays risquait d'être à court de liquidités d'ici à "deux semaines".

La Grèce est dans l'incapacité depuis 2010 de faire comme la majorité des Etats, qui "rafraîchissent" indéfiniment leur dette en empruntant régulièrement sur le marché. Elle dépend de l'aide internationale or celle-ci est suspendue en attendant un accord entre Athènes et ses partenaires autour d'un programme de réformes. La Grèce doit encore toucher 7 milliards d'euros avant l'été.

L'Etat grec recourt en attendant à des montages financiers compliqués pour payer ses fonctionnaires, la note d'électricité des ministères, et le FMI, montages bientôt épuisés selon M. Varoufakis.

Pour Jésus Castillo, économiste de la banque Natixis, repousser le paiement d'un fournisseur ne fait toutefois pas un défaut, "plutôt un incident de paiement".

Le critère décisif pour établir un défaut serait qu'Athènes n'honore pas une de ses échéances, très conséquentes ces prochains mois.

Q: Quelles sont les échéances décisives?

La Grèce doit 11,5 milliards d'euros, principalement au Fonds monétaire international et à la Banque centrale européenne, rien qu'en juin, juillet et août.

Pour Christopher Dembik, économiste chez Saxo Banque, "l'échéance cruciale, c'est le remboursement du 20 juillet", c'est-à-dire 3,5 milliards d'euros dus à la BCE et aux banques centrales des pays européens. "D'ici là, je pense que la Grèce a de quoi faire tourner un minimum l'Etat, et de quoi rembourser le FMI", pour des montants moins conséquents.

Il juge également que la Grèce parviendra à renouveler sur le marché des crédits à court terme (3 et 6 mois) arrivant prochainement à échéance. Hors quelques tentatives plus ou moins réussies, Athènes ne peut depuis 2010 plus emprunter sur des échéances longues, en raison des taux prohibitifs réclamés par des investisseurs méfiants.

Mais si le 20 juillet, la Grèce et ses partenaires n'ont pas trouvé un accord permettant de remettre le pays à flot, et de payer la BCE, l'affaire pourrait se corser.

Q: En cas de défaut en juillet, que se passe-t-il?

Le principal risque, selon MM. Castillo et Dembik, serait un effondrement du système bancaire, en raison d'une ruée aux guichets d'épargnants et investisseurs inquiets. Avec de graves conséquences économiques et sociales, pour un pays déjà éprouvé.

Mais ce scénario catastrophe, celui d'un défaut chaotique, ne convainc guère les deux économistes, en raison de la situation très particulière de la Grèce.

Après avoir effacé en 2012 une partie des créances détenues par des banques privées, le pays fait face à des interlocuteurs principalement publics, qui contrôlent 70% de sa dette.

Cela rend la situation de la Grèce très différente de celle de l'Argentine par exemple, qui a fait défaut en 2001, mais qui est encore aux prises aujourd'hui avec des créanciers privés récalcitrants.

La situation de la Grèce est plus simple: elle a moins d'interlocuteurs, et il s'agit d'organisations internationales et d'Etats, non de "fonds vautours" comme pour Buenos Aires.

Plus simple, la situation n'est pas forcément plus commode. Pour M. Dembik, il est envisageable de trouver des solutions intermédiaires pour la Grèce, à base de rééchelonnement de dette et de contrôle des capitaux. Mais il ne serait "pas possible politiquement de parler de décote avant 2017". Décréter une décote, c'est-à-dire un effacement pur et simple d'une partie de la dette grecque, obligerait les pays créanciers à solder leurs pertes, or les deux années à venir sont ponctuées d'échéances électorales à haut risque dans de nombreux Etats.

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