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13/05/2015 08:27 EDT | Actualisé 13/05/2016 01:12 EDT

La France se déchire à nouveau autour d'une réforme de l'éducation

La guerre scolaire est réveillée en France autour d'un projet de réforme du collège, qui vise à corriger un système très inégalitaire mais risque, selon ses détracteurs, de niveler par le bas la formation des élèves.

La fronde, au départ vive dans la sphère enseignante et intellectuelle, a gagné la scène politique avec des attaques mordantes de l'opposition de droite contre la ministre de l'Education, Najat Vallaud-Belkacem, très soutenue, en retour, par l'exécutif socialiste.

L'ancien président Nicolas Sarkozy, redevenu chef de l'opposition, a accusé la responsable de 37 ans de rivaliser avec la ministre de la Justice, Christiane Taubira, "dans un combat effrené pour la médiocrité".

Une attaque dénoncée à gauche comme "légèrement xénophobe", car visant deux ministres d'origine marocaine pour l'une, guyanaise pour l'autre.

En toile de fond s'opposent deux conceptions de l'éducation, qui nourrissent depuis des années des conflits en France: une vision égalitaire souhaite fournir à tous les élèves la même éducation, une autre plus "élitiste" conçoit que les plus méritants puissent se distinguer.

Preuve du caractère brûlant du sujet: parmi les dix manifestations les plus importantes enregistrées à Paris depuis 1945, deux visaient des réformes de l'éducation, en 1984 des écoles privées et en 1986 des universités.

Cette fois, le conflit porte sur les collèges, qui accueillent les élèves de 11 à 15 ans. Depuis 1975, le collège est dit "unique", censé fournir les mêmes enseignements à tous pour corriger les inégalités sociales.

Mais de grandes différences subsistent entre établissements de centre-ville et des quartiers populaires ou, au sein des collèges, par le jeu des options. Prendre allemand en première langue et latin en option permet ainsi d'être dans les meilleures classes.

Les plus faibles peinent à s'en sortir et près de 150.000 élèves sortent chaque année du système scolaire sans diplôme. Ce phénomène n'affecte que 5% des enfants de cadres mais quasiment un tiers (32%) de ceux d'ouvriers.

Conséquence: le système scolaire français ne cesse de reculer dans les classements internationaux et est, selon une enquête de référence de l'OCDE (l'enquête Pisa), l'un des plus inégalitaires au monde.

- 'Fureur anti-élitiste' -

Pour lutter contre ce décrochage, Najat Vallaud-Belkacem a présenté en mars une réforme qui donne plus d'autonomie aux collèges, renforce les projets interdisciplinaires et l'accompagnement personnalisé des jeunes.

Son projet prévoit aussi de supprimer les classes bilangues, qui bénéficient à une minorité, pour généraliser l'apprentissage d'une seconde langue dès 12 ans (contre 13 aujourd'hui), et de limiter les options de latin et de grec pour développer des projets sur les cultures de l'antiquité.

Des enseignants et des intellectuels se sont inquiétés d'une perte de la diversité linguistique, remplacée selon eux par un "vernis de culture". Plusieurs syndicats ont lancé un appel à la grève pour le 19 mai.

Leur fronde transcende les clivages. Ils ont reçu notamment le soutien de l'ancien Premier ministre socialiste Jean-Marc Ayrault, un ancien professeur d'allemand, qui réclame une réécriture partielle du texte.

Plus radicale, l'opposition exige le retrait pur et simple de la réforme avec une pétition signée par plus de 230 parlementaires de la droite et du centre.

Outre la réforme du collège, les critiques ciblent une réforme des programmes menée en parallèle. Elles se concentrent sur le fait que les cours sur l'histoire de la chrétienté au Moyen Age deviendront facultatifs.

"Les nouveaux programmes ne se préoccupent abolument pas de faire aimer la France", a tonné le philosophe Alain Finkelkraut, en dénonçant une "fureur anti-élitiste" de la ministre. Pour lui, "elle promet la réussite pour tous et rabaisse continuellement le niveau d'exigence".

Najat Vallaud-Belkacem, qui a de son côté dénoncé les critiques de "pseudo-intellectuels", a toutefois reçu des soutiens: de parents d'élèves, de spécialistes en pédagogie et du plus haut sommet de l'Etat.

Le président François Hollande, qui avait déjà dénoncé un "concert des immobiles" qui défendent des "intérêts particuliers", a appelé mardi l'ensemble du gouvernement à soutenir la réforme. Son Premier ministre, Manuel Valls, a lui promis d'"aller jusqu'au bout".

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