NOUVELLES
13/05/2015 11:18 EDT | Actualisé 13/05/2016 01:12 EDT

L'économie grecque, figée dans l'attente d'un accord, retombe en récession

L'économie grecque, à peine sortie de la plus longue dépression de son histoire, est de nouveau aux prises avec la récession sur fond d'incertitudes politiques, une situation rendant d'autant plus urgente la conclusion d'un accord entre le gouvernement de gauche et les créanciers de la Grèce.

En repli de 0,2% au premier trimestre, le PIB est en baisse pour le deuxième trimestre consécutif après avoir affiché une contraction de 0,4% sur les trois derniers mois de l'année 2014.

La rechute de la fin d'année 2014 avait été attribuée à l'inquiétude qui s'était emparée de certains secteurs d'activité à l'approche de la période électorale entamée en décembre.

La mauvaise performance de début 2015 est mise sur le compte de l'incertitude liée à l'issue des négociations laborieuses entre la Grèce et ses créanciers sur les réformes et les mesures budgétaires attendues d'Athènes en échange de la poursuite du financement à court terme.

Cette incertitude a déjà eu pour effet de faire diminuer de 26,8 milliards d'euros les dépôts privés dans les banques grecques de décembre à mars, leur montant n'étant plus désormais que de 138,5 milliards d'euros, et encore, selon des chiffres officieux publiés par Bloomberg, de sept milliards d'euros en avril.

"Tant que ces négociations grecques n'aboutiront pas à quelque chose de concret, l'investissement restera faible et les consommateurs reporteront leurs dépenses. L'économie grecque continuera à souffrir", selon Jameel Ahmad, analyste chez FXTM.

Malgré quelques progrès enregistrés ces dernières semaines dans les discussions, l'impact des tractations prolongées est déjà là, a estimé la Commission européenne qui a revu à la baisse, la semaine dernière, ses prévisions pour la Grèce.

La croissance, selon la Commission, devrait s'élever à seulement 0,5% cette année, en net recul par rapport aux précédentes prévisions de février, qui tablaient sur un PIB en hausse de 2,5%. Ces prévisions ont été faites en retenant l'hypothèse d'une issue heureuse des négociations et d'un accord d'ici à juin avec les créanciers.

Le budget 2015 établi par le précédent gouvernement grec de coalition droite-socialistes reposait sur le scénario d'une croissance égale à 2,9%.

Mais le gouvernement grec, dirigé depuis fin janvier par la gauche radicale du Premier ministre Alexis Tsipras, a revu ces calculs. Différents documents de travail attribués au gouvernement grec et parus dans la presse ces derniers jours faisaient état d'une hausse prévue du PIB allant de 0,1 à 0,8% sur un an.

- "Les consommateurs sont fatigués" -

"Les consommateurs sont fatigués de toutes ces incertitudes et reportent leurs achats, ce qui affaiblit l'économie", commente Manos Chadzidakis, analyste chez Beta Securities.

Ainsi, le chiffre d'affaires des soldes intersaisons de début mai a baissé de 11 à 20% par rapport aux soldes d'hiver, selon le bilan de la confédération du commerce ESEE.

Toutefois, relèvent les économistes d'Eurobank dans une note, la dégradation au premier trimestre est moins forte que prévu et une nouvelle saison record attendue pour le tourisme grec devrait sauver la croissance annuelle de 2015, si un accord est trouvé avec les créanciers.

"Nous sommes au début de l'année et le change euro-dollar favorable à la Grèce, combiné à la faiblesse des prix du pétrole et à l'activité touristique peuvent nous permettre de rattraper ce mauvais départ", estime également Manos Chadzidakis.

Tous les indicateurs ne sont d'ailleurs pas décourageants : entre février et mars, la production manufacturière, en berne pendant toute la crise, a progressé de 1,2%. Et sur un an, la valeur des exportations grecques (hors produits pétroliers) est en hausse de 20% en mars, le nombre des permis de construire a augmenté de 10% en février et celui des immatriculations est en hausse de 47% en avril.

La Grèce a perdu un quart de son PIB au cours des six années de la profonde récession qui s'était enracinée fin 2008. L'économie a commencé à se redresser début 2014 et ce pays a alors connu trois trimestres de croissance consécutifs.

smk/od/bds