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13/05/2015 11:40 EDT | Actualisé 13/05/2016 01:12 EDT

Déficit: Bruxelles change de ton vis-à-vis de Paris et Londres

La Commission européenne a adouci le ton mercredi vis-à-vis de la France, longtemps considérée comme le mauvais élève de la zone euro pour son déficit excessif, mais a épinglé la Grande-Bretagne après avoir longtemps fermé les yeux sur ses dérapages budgétaires.

L'exécutif européen a présenté mercredi ses recommandations économiques pays par pays, comme chaque année, et en a profité pour distribuer bons et mauvais points.

Côté bonnes nouvelles, elle a adressé un satisfecit à la France pour ses efforts en vue de réduire son déficit et de le ramener sous la barre des 3% d'ici 2017, et elle a invité le pays à poursuivre les réformes en attendant de statuer sur son cas début juin.

"Très clairement, les autorités françaises sont en train de faire des efforts budgétaires supplémentaires", a affirmé le vice-président de la Commission européenne Valdis Dombrovskis.

"Nous considérons qu'il y a un effort de réformes à faire (en France) mais que le programme national de réformes est de meilleure qualité" qu'auparavant, a renchéri Pierre Moscovici, le commissaire européen en charge des Affaires économiques, ancien ministre français des Finances.

Ces déclarations semblent un peu plus éloigner la perspective de sanctions contre la France en raison de son déficit excessif, une menace qui était encore vive il y a trois mois. Elles coïncident avec la publication de chiffres montrant que la France a tiré la croissance de la zone euro au premier trimestre avec un PIB en progression de 0,6%, devant l'Allemagne (0,3%).

"Toutefois, il est essentiel que le gouvernement français maintienne l'élan et profite de l'amélioration des conditions économiques pour poursuivre l'agenda de réformes", a insisté le commissaire letton, citant notamment celle du marché du travail.

Paris a jusqu'au 10 juin pour donner des gages d'efforts budgétaires dès cette année. C'est à partir de ce moment que la Commission statuera définitivement sur le sort de la France et décidera éventuellement de prendre des sanctions financières.

Parallèlement à ces signes d'apaisement, la Commission s'en est prise mercredi à Londres, qui à ses yeux n'a pas été assez efficace pour réduire son déficit public. Celui-ci atteint 5,2% sur l'exercice budgétaire 2014-2015.

- Décision symbolique -

Cette prise de position est relativement symbolique puisque le pays ne fait pas partie de la zone euro et ne s'expose donc pas à des sanctions.

Mais c'est la première fois que la Commission montre aussi clairement du doigt le Royaume-Uni, qui est en déficit excessif depuis 2008 et aurait dû corriger le tir dès l'exercice budgétaire 2009-2010. Au lieu de quoi le déficit public a atteint un pic à 10,9% au cours de cet exercice.

Une recommandation avait ensuite été émise pour que le pays ramène son déficit dans les clous au cours de l'exercice 2014-2015, mais là encore, l'objectif n'a pas été atteint.

Résultat: Bruxelles a proposé d'accorder à Londres deux années supplémentaires, soit jusqu'à l'exercice d'avril 2016 à mars 2017, pour rentrer dans le rang. Tout comme elle l'avait fait avec la France fin février. La décision finale revient au Conseil, qui représente les Etats.

A Londres, le Trésor a affirmé que le Royaume-Uni avait "accompli des progrès significatifs" en la matière: "le déficit a été divisé par deux depuis son pic, tandis que la croissance du pays a dépassé celle de toutes les autres grandes économies européennes l'an passé", a expliqué un porte-parole dans une réaction transmise à l'AFP.

"Le travail n'est pas terminé", a-t-il toutefois concédé. "Avec le nouveau Parlement qui entre en fonction nous allons travailler à consolider notre économie et à ramener notre budget sur la voie de l'excédent", a-t-il ajouté.

Les conservateurs, qui viennent de remporter les élections législatives britanniques, ont promis que l'Etat dégagerait un excédent budgétaire dès l'année 2018-2019.

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