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13/05/2015 00:15 EDT | Actualisé 12/05/2016 01:12 EDT

Dans le plus grand camp de réfugiés au monde, l'éducation, les affaires et l'espoir

Peu après le lever du soleil, garçons et filles commencent à réciter des versets du Coran autour de Bashir Silal, leur professeur de cette école coranique de fortune au Kenya, assis comme d'habitude sur son jerrican de plastique.

Chaque enfant tient une planche de bois en guise de cahier, sur laquelle il trace des textes en arabe d'une encre à base d'eau et de charbon de bois.

Dans leur pays, les petits Somaliens doivent souvent se contenter des madrassas, les écoles coraniques pour tout enseignement.

Mais ici, dans le camp de réfugiés de Dadaab, le plus grand du monde, installé dans l'est du Kenya, ce n'est qu'un début. Dans la journée, les enfants pourront suivre, gratuitement, un enseignement primaire et même secondaire. Des bourses existent même pour le supérieur.

La vie d'un réfugié est loin d'être rose. Mais pour les Somaliens qui ont subi des années, voire des décennies de guerre, Dadaab est aussi une terre d'opportunités.

"Les enfants de Dadaab ont le privilège de bénéficier d'une meilleure éducation. Ce sont eux qui apporteront le changement en Somalie à leur retour", explique M. Bilal, 47 ans, qui a fui il y a cinq ans la ville d'Afgoye, à 30 km au nord-ouest de Mogadiscio.

Leur retour, justement, est problématique. Le gouvernement kényan, qui accueille des réfugiés de Somalie depuis le début de la guerre civile en 1991, envisage maintenant de fermer Dadaab, un gigantesque complexe de plus de 350.000 habitants.

Frappé par plusieurs attentats meurtriers commis par des islamistes somaliens shebab, le Kenya affirme que ces insurgés liés à Al-Qaida se servent du camp, situé à 80 km seulement de la frontière avec la Somalie, pour recruter, entrainer leurs combattants et se mettre à l'abri.

Ces accusations laissent les réfugiés perplexes. "Il n'y a pas de shebab ici", affirme ainsi Yakub Abdi, qui dirige un groupe de 260 volontaires chargés de la surveillance dans un des cinq camps du complexe.

- Rêves et espoirs -

Quoi qu'il en soit, les réfugiés ont beau devoir se contenter de logements temporaires et de rations de nourriture, la vie à Dadaab n'est pas que misère et déprime.

"Les gens pensent qu'il n'y a pas de vraie vie dans les camps, mais c'est faux. Il y a des problèmes, mais nous avons aussi nos rêves et nos espoirs", déclare Liban Mohamed, un cinéaste de 28 ans originaire de Kismayo, dans le sud de la Somalie.

Son rêve à lui est de rejoindre sa mère et ses frères et soeurs aux Etats-Unis et de continuer à tourner des films.

Pour d'autres, le rêve d'une nouvelle vie se réalise sur place.

Comme pour Mohamed Osman: il possède une formation médicale et a passé les quinze dernières années de sa vie à offrir consultations gratuites, médicaments à des prix abordables et soins dans la pharmacie privée qu'il tient. Cet homme qui a quitté la Somalie en 1992 à la recherche de la sécurité et d'une vie meilleure a vu sa famille s'agrandir et ses affaires prospérer à Dadaab.

"En Somalie, les enfants n'ont pas d'espoir. Ici, mes enfants vont à l'école", dit cet homme de 42 ans, père de douze enfants nés de deux épouses et qui ne souhaite pas rentrer dans son pays, où "les combats continuent".

Non loin de la pharmacie d'Osman, le long de pistes inondées, se déroule chaque jour la livraison du khat, une plante euphorisante à mâcher.

Un intermédiaire qui gère ses quatre pick-up remplis de sacs de 50 kg y vend sa cargaison quotidienne, un business de plus de 30.000 shillings (280 euros) par véhicule. Les détaillants en font ensuite des bottes d'un kilo. Fatima Ahmed, 43 ans, les achète 100 shillings (un euro) et les revend 150. "C'est un commerce qui marche bien", dit-elle.

- 'Mini Dubaï' -

Les bénéfices sont réinvestis dans l'économie du camp qui, selon une étude de 2010, représente un volume annuel de quelque 25 millions de dollars (22 millions d'euros).

Selon l'étude commandée par le département kényan aux réfugiés, Dadaab rapporte aussi aux communautés locales environ 14 millions de dollars (13 millions d'euros) en échanges et contrats divers.

Chaque camp possède son propre marché mais celui d'Hagadera est le principal. Un responsable kényan n'hésite pas à le qualifier de "mini Dubaï".

On y trouve des hôtels, des restaurants offrant viande de chameau, samosas pimentés et thé aux épices, des épiceries vendant pâtes, riz, lait en poudre et sucre - le plus souvent introduits en contrebande de Somalie -, des boutiques d'électronique avec les derniers smartphones... Mais aussi des étals de vêtements d'occasion, de tissus et de chaussures, des passages louches où s'entassent mangues, avocats, pommes de terre et oignons.

Ali Saha, un diplômé du supérieur âgé de 23 ans, gère un cybercafé. Il dit vouloir rentrer en Somalie, mais pas tout de suite. "L'éducation est un privilège", dit-il. "Et de ce point de vue, ce n'est pas si mal d'être un réfugié".

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