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13/05/2015 07:02 EDT | Actualisé 13/05/2016 01:12 EDT

Chine: les tortures policières continuent malgré les dénégations du régime (HRW)

La police chinoise continue d'avoir largement recours à la torture, a dénoncé mercredi Human Rights Watch, qui assure avoir "entendu des récits terribles" incompatibles avec les affirmations selon lesquelles la Chine respecte l'Etat de droit.

"Malgré les réformes entreprises depuis quelques années, les policiers chinois torturent toujours les personnes soupçonnées de crimes pour leur extorquer des aveux, et les tribunaux condamnent des gens qui ont avoué sous la torture", résume Sophie Richardson, directrice des recherches sur la Chine à Human Rights Watch.

Pour rédiger son rapport de 147 pages rendu public à Hong Kong, intitulé "Chaises du tigre et chefs de cellules: tortures infligées par la police à des personnes suspectées de crimes en Chine", l'ONG s'est appuyée sur des centaines de verdicts de tribunaux chinois et des entretiens avec 48 personnes récemment détenues, leurs proches, des avocats et d'anciens responsables.

L'organisation dit avoir notamment établi que des détenus ont été forcés à passer des jours enchaînés aux "chaises du tigre" --siège métallique utilisé pour la torture-- pendus par les poignets, et ont subi des abus de la part de "chefs de cellule", qui sont d'autres détenus supervisant les cellules pour le compte de la police.

Invité à réagir sur ce rapport, le ministère chinois des Affaires étrangères l'a rejeté en bloc mercredi.

"La Chine est un Etat de droit. La loi chinoise prohibe en termes clairs les aveux obtenus sous la torture", a commenté Mme Hua Chunying, porte-parole du ministère.

"Nous avons réalisé des efforts pour améliorer le système judiciaire, afin justement que les citoyens puissent être assurés de bénéficier de justice et d'équité dans tous les dossiers", a-t-elle ajouté.

Mais, pour Human Rights Watch, si ces nouvelles mesures "semblent avoir permis une diminution de certains abus, tels que ceux qui avaient cours à l'intérieur des centres de détention policière où les suspects sont détenus avant leur procès, des agents de police ont délibérément contourné ces nouvelles protections en sortant les détenus des centres pour les interroger, ou en utilisant des méthodes de torture qui ne laissent pas de blessures visibles".

Selon l'organisation de défense des droits de l'Homme, "les interrogatoires filmés sont systématiquement manipulés: par exemple, plutôt que d'enregistrer la totalité de l'interrogatoire, certains agents sortent les suspects des centres de détention pour les torturer, puis les ramènent pour enregistrer leurs aveux".

"Tant que les suspects ne pourront pas bénéficier de la présence d'avocats lors des interrogatoires, ainsi que d'autres protections fondamentales, et tant que les policiers ne seront pas tenus responsables des abus, ces nouvelles mesures ne parviendront pas à éradiquer la torture systématique", conclut HRW.

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