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07/05/2015 11:58 EDT | Actualisé 07/05/2016 01:12 EDT

Turquie : arrestation de procureurs ayant saisi des armes pour la Syrie

Les autorités turques ont arrêté jeudi quatre procureurs et un officier de l'armée dans l'affaire controversée d'une saisie de livraison d'armes à destination de la Syrie l'an dernier, a annoncé l'agence de presse officielle Anatolia.

L'ancien procureur de la région d'Adana (sud), Suleyman Bagriyanik, et ses adjoints Ozcan Sisman, Aziz Takci et Ahmet Karaca ont été arrêtés et ont comparu devant le tribunal d'Adana.

L'ancien colonel Ozkan Cokay a également été arrêté du fait de son rang de plus haut gradé de la région, toujours selon Anatolia.

Les quatre procureurs avaient été mutés, puis suspendus après avoir ordonné la fouille de plusieurs camions et bus dans les provinces d'Adana et Hatay, frontalières de la Syrie, en janvier 2014, parce qu'ils les suspectaient de contrebande de "munitions et armes" à destination de la Syrie.

Une série de documents avaient alors circulé sur Internet affirmant que les camions saisis étaient en réalité des véhicules de l'Agence de renseignements nationale (MIT) livrant des armes aux rebelles islamistes syriens combattant le président Bachar al-Assad.

La Turquie a vivement démenti apporter une quelconque aide aux rebelles islamistes en Syrie, comme le groupe Etat islamique (EI), tout en désirant la chute du régime de Damas.

Le gouvernement a imposé un silence médiatique, y compris sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter, interdisant la publication de ces allégations.

Les quatre procureurs sont accusés de chercher à renverser le gouvernement et de paralyser ses opérations. Ils encourent la perpétuité s'ils sont reconnus coupables, a précisé Anatolia.

"Nous venons de vivre une nuit qui a vu la loi être bafouée" et l'ordre des choses renversé, a déclaré M. Bagriyanik, l'ancien procureur général d'Adana, alors qu'il était détenu par la police.

"Je suis détenu maintenant uniquement parce que je n'ai pas suivi les menaces et l'ordre de M. le ministre : +Ne fouillez pas les camions+, et n'ai pas empêché mes collègues de le faire. Que puis-je dire de plus?", a-t-il ajouté.

La controverse a éclaté le 19 janvier 2014, quand des forces turques ont arrêté des camions en direction de la Syrie, soupçonnés de contenir des chargements d'armes. Mais ils ont alors découvert que du personnel du MIT était à bord.

Les autorités turques ont attribué la responsabilité du scandale à Fethullah Gulen, que le président Recep Tayyip Erdogan accuse de diriger un Etat parallèle, via ses partisans dans le système judiciaire et dans la police, afin d'usurper le pouvoir.

Les partisans de M. Gulen, cibles d'une vague d'arrestations ces derniers mois, rejettent cette allégation.

Des organisations étrangères de défense des droits de l'homme ont exprimé leur inquiétude, dénonçant une campagne judiciaire visant les pro-Gulen.

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