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07/05/2015 18:28 EDT | Actualisé 07/05/2016 01:12 EDT

Réseaux sociaux: les autorités américaines peinent toujours face à l'EI

Les autorités américaines cherchent toujours la bonne formule pour contrer le groupe Etat islamique sur les réseaux sociaux, qui ont contribué à inspirer l'attaque de dimanche dernier contre un concours de caricatures de Mahomet au Texas.

L'un des deux assaillants, Elton Simpson, était en contact sur Twitter avec un recruteur de l'EI bien connu des autorités fédérales américaines.

Ce genre de passage à l'acte encouragé à distance est "un avant-goût" d'autres attaques du même style, a prédit jeudi lors d'une audition devant le Sénat Peter Bergen, un expert du groupe de réflexion New America Foundation.

"Quiconque utilise les réseaux sociaux" sait qu'un recruteur "qui tweete depuis la Syrie peut développer une relation émotionnellement très puissante" avec sa cible aux Etats-Unis, a expliqué de son côté J.M. Berger, un spécialiste des réseaux sociaux et de l'EI au groupe de réflexion Brookings institution.

L'EI s'appuie "sur un grand nombre de gens" pour promouvoir son message en ligne, a expliqué M. Berger. Le groupe extrémiste "peut se permettre d'avoir un ratio de deux ou trois recruteurs pour une recrue potentiellement capable de commettre une attaque type +loup solitaire+", comme celle du Texas, a-t-il expliqué.

Comme Daveed Gartenstein-Ross, de la Fondation pour la défense des démocraties, M. Berger s'est prononcé pour la fermeture par Twitter des comptes faisant de la propagande pour l'EI.

Depuis la fin de l'année dernière, le réseau social est très actif pour fermer les comptes ouvertement partisans de l'EI. Leur nombre a été "significativement réduit" par rapport à la fin de l'année 2014, où ils étaient environ 46.000, a-t-il expliqué.

Mais le rôle et les pouvoirs des autorités américaines dans la surveillance des réseaux sociaux reste encore peu clairs, a estimé M. Berger.

"Il n'y a probablement pas beaucoup d'appétit dans le pays pour donner au FBI la possibilité d'aspirer le contenu de milliers et de milliers de comptes de réseaux sociaux" pour les surveiller et les archiver, a-t-il estimé.

Le problème face à l'EI est aussi de contrer sur le fond les messages relayés par les extrémistes, ont souligné experts et parlementaires.

Brandissant une tablette électronique, le sénateur du New Jersey Cory Booker (démocrate) a qualifié de "risibles" les efforts de contre-propagande de sites américains, citant par exemple le faible nombre de re-tweet des messages de "Think again turn away", un site de contre-propagande financé par le département d'Etat.

Daveed Gartenstein-Ross, de la Fondation pour la défense des démocraties, a invité le gouvernement américain à réagir plus vite aux assertions de l'EI, qui sont parfois reprises par les médias généralistes, au besoin en déclassifiant des informations.

L'expert a pris l'exemple de la situation dans la ville de Derna en Libye, affirmant que la propagande de l'EI avait amené des médias à dire que la ville était contrôlée par le groupe extrémiste, alors qu'en réalité l'EI n'est qu'un des groupes présents.

"Quand je pointe une exagération de l'EI à un journaliste, souvent je suis le premier à le faire", a-t-il déploré.

Pour lui, les politiques publiques devraient chercher à faire nombre en stimulant l'apparition de centaines de comptes Twitter "amis", même si leur contenu est relativement "inoffensif".

"Mais le gouvernement a une aversion au risque" qui l'empêche de se lancer dans cette entreprise, a-t-il regretté.

ddl-lby/elm