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07/05/2015 11:01 EDT | Actualisé 07/05/2016 01:12 EDT

Pour les Palestiniens, Netanyahu a choisi un gouvernement "de guerre"

Pour les Palestiniens, la coalition formée en Israël par Benjamin Netanyahu annonce un gouvernement "de guerre". Mais ils avaient déjà pris leur décision bien avant: ils ne s'en remettront qu'à eux-mêmes et aux organisations internationales pour obtenir leur Etat.

C'est un gouvernement qui "vise à tuer et à (renforcer) la colonisation" dans les Territoires occupés, accuse le négociateur en chef Saëb Erakat. Un "gouvernement de colons", renchérit Nabil Chaath, membre du Comité central du Fatah, le parti du président Mahmoud Abbas.

Une fois n'est pas coutume, son rival islamiste du Hamas le rejoint sur ce point: "ce gouvernement reflète la montée du racisme parmi les Israéliens", assure son porte-parole à Gaza Sami Abou Zouhri.

Avec deux partis ultra-orthodoxes dans la coalition gouvernementale et le ministère de la Défense aux mains du parti de Benjamin Netanyahu (droite), il n'y a "que très peu d'espoir que ce gouvernement décide que la paix est finalement bien meilleure que l'occupation et l'apartheid", assure M. Chaath.

La présidence palestinienne a appelé le gouvernement israélien à choisir: "la paix ou la colonisation et le chaos", a affirmé son porte-parole à l'AFP, après que les autorités israéliennes ont donné leur feu vert à la construction de 900 nouveaux logements de colons à Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël et que les Palestiniens revendiquent comme leur capitale.

- 'Gouvernement pour la guerre' -

Celle qui cristallise l'attention -- et les critiques virulentes -- des Palestiniens, c'est la future ministre de la Justice, la députée Ayelet Shaked, du parti nationaliste religieux Foyer juif. A 39 ans, elle hérite d'un portefeuille clé qui lui ouvre les portes du puissant cabinet de sécurité, comité restreint de ministres qui prend les décisions les plus lourdes.

Dans l'esprit de beaucoup de Palestiniens, elle est celle à qui, au début de l'été 2014, en pleine escalade des tensions menant à la guerre à Gaza, avaient été attribués des propos publiés sur sa page Facebook et aujourd'hui effacés, comparant les Palestiniens à des "serpents" et appelant à tuer les mères d'auteurs d'attentat pour qu'il n'y ait "pas davantage de petits serpents". Mme Shaked avait dit avoir été victime d'une déformation, au moment de la traduction, de ces mots écrits par un autre.

"La présence de l'extrémiste Shaked, des ultra-orthodoxes et de plusieurs colons au gouvernement est la preuve que c'est un gouvernement d'union pour la guerre, et contre la paix et la stabilité dans notre région", martèle M. Erakat.

Mais, comme à chaque nouveau développement sur la scène israélienne, les Palestiniens se sont gardés de fermer la porte aux négociations, renvoyant la balle dans le camp des Israéliens. "Ce qu'il faut c'est que ce gouvernement s'engage à respecter les règles du jeu: pas de colonies, retrait de la Cisjordanie et Jérusalem-Est est à nous", explique M. Chaath.

- Pas forcément mieux avec la gauche -

Autant de conditions que M. Netanyahu a semblé rejeter en bloc durant sa campagne. Il a enterré l'idée de la création d'un Etat palestinien sous son mandat, avant de nuancer ses propos une fois élu. Quant à Jérusalem capitale des deux Etats, la droite israélienne unanime refuse la partition de sa "capitale éternelle".

Ce n'est plus par la voie des négociations de paix, qui ont encore échoué il y a un an, que les Palestiniens entendent obtenir gain de cause. Ils misent sur la pression internationale et concentrent désormais leurs efforts auprès de l'ONU, sur le plan diplomatique, et de la Cour pénale internationale, sur le plan judiciaire.

Une interrogation fondamentale subsiste: la solidité de la coalition de M. Netanyahu. Pour les observateurs, la coalition pourrait se déliter ou M. Netanyahu pourrait faire le choix de l'ouverture à gauche. Dans tous les cas, les Palestiniens assurent qu'une fois de plus, ils ne voient "pas de partenaire" pour la paix.

"Nous sommes prêts à négocier avec quiconque choisi par les Israéliens, ce n'est pas ça notre problème", assure M. Chaath. Mais durant la campagne, les Palestiniens avaient déjà clairement dit que droite ou gauche, peu leur importait, ils n'oublieraient ni les guerres lancées par la droite ni l'expansion de la colonisation sous les travaillistes.

na-sbh/feb