POLITIQUE
07/05/2015 06:08 EDT

Perspectives 2025: Widia Larivière, à la défense des femmes autochtones (ENTREVUE)

Widia Larivière est infatigable. En un mois seulement, elle s’est envolée à Tunis pour le Forum social mondial, a pris la parole aux Nations unies à New York, signé le Manifeste pour un élan global et dénoncé l’appropriation culturelle de l’émission Pow wow, qui a changé de nom depuis.

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Cet article fait partie d’une série commémorant les 10 ans de la création du Huffington Post aux États-Unis par Arianna Huffington. Chacune des 13 éditions internationales du HuffPost a choisi une personne d'influence pour lui demander comment il ou elle voit la décennie à venir.

Le HuffPost Québec présente ici un entretien avec Widia Larivière. Le choix des autres éditions internationales est à découvrir dans les jours qui viennent. Cliquez ici pour voir la section Le monde en 2025.

Widia Larivière est infatigable. En un mois seulement, elle s’est envolée à Tunis pour le Forum social mondial, a pris la parole aux Nations unies à New York, signé le Manifeste pour un élan global et dénoncé l’appropriation culturelle de l’émission Pow wow, qui a changé de nom depuis.

Ce qui l’anime? La défense des peuples autochtones, des femmes en particulier, ignorées par le gouvernement fédéral et malmenées dans les médias.

On l’a connue comme co-fondatrice d’Idle No More Québec, aux côtés de Melissa Mollen Dupuis. Ensemble, elles ont organisé une première manifestation en décembre 2012, puis plusieurs autres pour démontrer l’élan de la solidarité québécoise dans une période propice à la résistance citoyenne.

Née d’une mère algonquine et d’un père québécois, c’est vers l’âge adulte que Widia rencontre d’autres jeunes des autres nations autochtones du Québec et développe sa fibre militante. « Je me suis rendue compte du pouvoir de la colonisation au Canada. Ma propre grand-mère était allée dans les pensionnats [autochtones]. Ça m’avait révoltée. »

Widia a commencé à travailler pour Femmes autochtones du Québec (FAQ) en 2009, bien avant de porter la plume rouge. Depuis, la jeune femme de 31 ans s’efforce de faire propager le point de vue des autochtones de sa génération, qui n’a pas connu l’horreur des pensionnats.

« On vit les impacts intergénérationnels de la colonisation et de la discrimination, nuance-t-elle. Parfois, on ne sait pas toujours comment dealer avec ça. À travers Idle No More, on a réussi à mobiliser les jeunes et à raviver la fierté identitaire. »

Selon un récent rapport de la Gendarmerie royale du Canada, près de 1200 femmes autochtones ont été assassinées ou portées disparues entre 1980 et 2012. Le cas de Rinelle Harper, cette adolescente laissée pour morte à Winnipeg l’an dernier, a permis de mettre un visage sur la violence faite aux femmes.

Le gouvernement conservateur promet de tenir une table ronde d’une seule journée en 2016, s’il est réélu, pour trouver une solution à la disparition des femmes autochtones.

Widia Larivière sait qu’elle ne peut pas compter sur l’aide du fédéral pour assurer un avenir meilleur à ses consoeurs. C’est pour cela qu’elle parcourt autant de kilomètres en un mois: pour donner une voix aux sans-voix.

Qu'espères-tu accomplir dans les 10 prochaines années?

Je vais continuer à défendre les droits des femmes autochtones, et par défaut, les droits humains en général. J’espère faire ça toute ma vie, pas seulement qu'au plan personnel, mais aussi en tant que citoyenne.

J’aimerais continuer à servir la voix populaire pour continuer à briser les barrières qui existent entre autochtones et non-autochtones, soit à travers l’écriture ou d’autres courts-métrages (Elle a co-réalisé Un nouveau souffle avec le Wapikoni mobile). J’aimerais peut-être même fonder mon propre organisme qui contribuerait à sensibiliser la population sur les causes autochtones. C’est difficile à dire!

Quel a été ton plus grand défi dans la dernière année?

Avec Femmes autochtones du Québec, on est sollicitées pour parler dans les médias. Mais il y a tellement de méconnaissance face aux questions autochtones, c’est parfois difficile de vulgariser au maximum pour le grand public et de faire un portrait juste des femmes autochtones au Québec.

On est désignés comme des ambassadeurs ou des ambassadrices de la « culture autochtone », mais rendre compte de la complexité tout en vulgarisant, c’est tout un défi. D’une autre part, on veut parler des réalités tout en évitant de tomber dans le misérabilisme.

Qui t'a le plus inspirée dans ta vie d'adulte?

C’est de penser à tous les autres militants – et surtout, militantes autochtones – qui étaient là avant moi. Ça peut sonner « quétaine », mais j’essaie d’honorer mes ancêtres autochtones. Je me vois comme la continuité du travail.

Je me rappelle toujours de ceux et celles qui ont passé avant moi: les femmes autochtones se sont mobilisées dans les années 70 et qui se sont rendues jusqu’en cour, jusqu’à l’ONU, pour ensuite fonder le groupe Femmes autochtones du Québec.

Quelle personne admires-tu le plus?

Ellen Gabriel, porte-parole mohawk lors de la crise d’Oka.

Quelles sont tes sources d’information au jour le jour?

J’essaie de diversifier le plus possible mes sources. Je m’informe beaucoup dans les médias alternatifs comme Ricochet et 99média, des blogues féministes, mais aussi des groupes plus marginalisés pour ne pas seulement écouter la voix de la société dominante.

Je trouve qu’il est important de lire l’actualité autochtone dans médias autochtones. CBC Aboriginal en est un bon exemple.

Quel sujet n'est pas assez couvert par les médias? Que devraient-ils faire de différent?

L’actualité autochtone. Non seulement ce n'est pas assez couvert, ce n'est pas couvert adéquatement, ni de manière juste et équitable non plus. La plupart de temps, quand on parle de nous [des femmes autochtones], on nous sort des trucs sensationnalistes. Ça donne l’impression qu’on est réduits à des stéréotypes négatifs.

Souvent aussi, l'actualité autochtone est traitée sans contexte. Les gens ne comprennent pas vraiment ce qui se passe, ce qui contribue au racisme et la discrimination envers les femmes, notamment. Mais je vois quand même un certain changement dans le traitement médiatique. J’ose espérer que ça va s’améliorer.

Y a-t-il une cause ou une problématique que tu aimerais voir réglée dans les 10 prochaines années?

J’espère que dans les 10 prochaines années (ou moins), il y aura eu une commission d’enquête indépendante sur la question des femmes autochtones disparues et assassinées. J'espère qu'elle aura permis de débloquer des mesures efficaces pour éliminer la violence et que ce soit fait de concert avec celles-ci pour qu'elles puissent vivre une vie décente.

En 2025, nous allons...

Avoir développé de meilleures relations entre autochtones et non-autochtones aux niveaux politique, sociétal et individuel. Nous aurons aussi travaillé pour plus de reconnaissance et de justice envers les peuples autochtones.