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07/05/2015 16:34 EDT | Actualisé 07/05/2016 01:12 EDT

Les libéraux préparent un «tribunal politique» pour «abattre» PKP, selon Bérubé

QUÉBEC - Le gouvernement libéral veut mettre sur pied un «tribunal politique» pour «abattre» Pierre Karl Péladeau, a dénoncé jeudi le député péquiste Pascal Bérubé.L'élu de Matane ne s'explique pas autrement la convocation de la commission des institutions le 26 mai à l'Assemblée nationale pour qu'elle se penche sur les liens d'affaires de l'actionnaire de contrôle du conglomérat Québecor passé à la politique active.«Ils ont décidé de cibler un député élu légitimement», a pesté M. Bérubé, partisan de la première heure de M. Péladeau dans la course à la direction du Parti québécois.«M. Péladeau connaît les responsabilités qui incomberont au chef du Parti québécois, il a décidé de proposer une fiducie sans droit de regard (et) ça satisfait aux règles actuelles. Si on décide de changer les règles, ce ne sera pas à l'unanimité, ce sera le Parti libéral qui aura décidé de tenter d'abattre un adversaire politique», a-t-il ajouté.L'une des questions à l'ordre du jour de la commission sera en effet celle de la fiducie sans droit de regard dans laquelle le candidat à la direction du PQ a promis de placer ses avoirs une fois élu chef du parti.La chose serait entendue si M. Péladeau n'avait pas indiqué son intention d'interdire formellement à son fiduciaire de vendre les actions de Québecor. Une telle intervention auprès du fiduciaire placerait M. Péladeau en contravention du code d'éthique des élus s'il devenait chef du gouvernement, a estimé le jurisconsulte de l'Assemblée nationale et ex-juge en chef du Québec, Claude Bisson, dans un avis rendu public en mars.La commission parlementaire entendra le commissaire à l'éthique et à la déontologie le 26 mai et le jurisconsulte le 2 juin, a confirmé le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier.Au sortir d'une réunion du caucus des députés libéraux, M. Fournier s'est défendu de vouloir faire un procès à M. Péladeau, qui pourrait prendre la tête du PQ dès le 15 mai, à l'issue du premier tour de scrutin.Il ne s'agit pas de cibler M. Péladeau, a justifié le ministre, mais d'étudier, telle que le stipule la loi, le rapport du commissaire à l'éthique et à la déontologie.Déposé en février, le rapport du commissaire Jacques Saint-Laurent recommande entre autres que le code d'éthique des élus soit modifié pour préciser les règles relatives à la fiducie sans droit de regard, plus spécialement «les instructions du membre de l’Assemblée nationale à l’intention du fiduciaire».Me Saint-Laurent demande aussi aux parlementaires de «préciser les obligations du député et les pouvoirs du commissaire à l’égard des situations exceptionnelles relatives aux intérêts détenus par un élu».Ces recommandations seront étudiées à l'instar de la vingtaine d'autres que comporte le rapport, a tempéré M. Fournier.Néanmoins, le leader parlementaire reconnaît que la situation de l'homme d'affaires souverainiste est particulière.«M. Péladeau veut qu'il y ait un changement à la loi. En ce moment, il ne peut pas faire ce qu'il dit qu'il va faire. (...) Il veut changer la loi pour avoir une fiducie à qui il donne des ordres. Ce sera à eux (aux péquistes) de faire des représentations là-dessus», a fait valoir M. Fournier.Mais le député Bérubé flaire une manoeuvre politique de la part du gouvernement libéral pour discréditer M. Péladeau.«Si d'aventure les libéraux décident de faire d'une commission parlementaire un tribunal politique, je pense que ça pourrait se retourner contre eux», a-t-il prédit.Soupçonne-t-il les libéraux de vouloir faire un procès politique à M. Péladeau? «Absolument», a répondu M. Bérubé à un reporter.Quant à lui, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, pense qu'il est plus que temps que l'Assemblée nationale se saisisse de la situation dans laquelle est plongé le député de Saint-Jérôme et revoie le code d'éthique des élus.À son avis, M. Péladeau ne peut tout simplement pas faire de la politique tout en contrôlant 40 pour cent du marché médiatique au Québec.«Il est temps que les libéraux agissent, a-t-il dit. Pour moi, c'est une évidence, je ne vois pas comment on peut faire de la politique et être propriétaire de médias qui contrôlent 40 pour cent de l'information. C'est évident que l'on met les journalistes dans une situation de malaise.»Mis à part Jean-François Lisée, les élus du Parti québécois font preuve d'une complète incohérence dans ce dossier, a accusé le chef caquiste.«On ne peut pas, pendant des années, avoir dit qu'il faut éviter la proximité entre la politique et les médias et tolérer que le propriétaire du plus important groupe de médias fasse de la politique. Je ne reconnais pas le Parti québécois de René Levesque», a-t-il lancé.À ce sujet, le chef caquiste est sur la même longueur d'onde que le député Amir Khadir de Québec solidaire.«M. Péladeau a pris, peu à peu, le contrôle du Parti québécois et maintenant s'apprête à prendre, possiblement, avec le PQ, le contrôle du pouvoir au Québec. Ça, c'est inadmissible. Il faut qu'il choisisse: soit qu'il veut servir l'intérêt des Québécois, soit qu'il veut servir l'intérêt de Québecor», a soutenu le député de Mercier.