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07/05/2015 13:00 EDT | Actualisé 07/05/2016 01:12 EDT

Le géant français du nucléaire Areva va supprimer 5 à 6.000 emplois dans le monde

Le géant français du nucléaire Areva a annoncé jeudi la première diminution d'effectifs de son histoire avec 5 à 6.000 suppressions de postes dans le monde, poussant l'Etat, principal actionnaire, à réafficher sa volonté d'éviter des licenciements.

Le leader européen de l'atome, détenu à près de 87% par des capitaux publics, a accusé une perte de près de cinq milliards d'euros l'an dernier. Pour redresser ses comptes, le groupe avait annoncé en mars un plan d'économies d'un milliard d'euros d'ici 2017.

Jeudi, Areva a détaillé sa thérapie de choc: deux tiers des économies seront réalisées en réduisant de 18% les frais de personnel, ce qui devrait déboucher sur 5 à 6.000 suppressions de postes au niveau mondial. Des efforts sur les achats assureront le tiers restant.

Le groupe emploie actuellement environ 44.000 personnes dans le monde, dont 29.000 en France.

Il avait déjà annoncé la suppression de 1.500 postes en Allemagne d'ici à 2017. Il a aussi engagé un plan de départs de "quelques centaines" de personnes aux Etats-Unis et licencié 170 salariés au Niger sur sa mine d'uranium d'Imouraren (Nord), dont le chantier est suspendu depuis août.

Mais c'est la France qui sera la plus touchée par le plan d'économies avec 4 à 5.000 emplois en moins, un sixième des effectifs. La direction a rencontré jeudi matin les syndicats pour ouvrir les négociations sur le sujet.

Le groupe, qui prévoit de viser plutôt les fonctions administratives qu'opérationnelles, s'est engagé à faire son possible pour que les départs soient volontaires.

"En France, aucun licenciement n'est envisagé et les sites de production seront préservés", a de son côté affirmé à l'AFP le ministre français de l'Economie Emmanuel Macron, qui a échangé avec les dirigeants de l'entreprise et recevra les syndicats le 22 mai.

Malgré ses promesses, l'annonce des réductions d'effectifs a entraîné une salve de critiques envers la politique industrielle de la France.

- 'Un pilote dans l'avion ?' -

"L'Etat a décidé de saborder la filière nucléaire, satisfaisant à une logique financière et de compétitivité au détriment d'une logique industrielle", a ainsi commenté le syndicat CGT, proche des communistes.

"Cette énième catastrophe industrielle montre la démission totale de l'État stratège. Y'a-t-il encore un pilote dans l'avion ?", s'est interrogé à l'autre bout du spectre politique le député de droite Nicolas Dupont-Aignan.

Le président socialiste François Hollande a pourtant remis en chantier début mars une réorganisation de la filière nucléaire, qui joue un rôle crucial en France.

Près de 75% de l'électricité consommée dans le pays est d'origine nucléaire et le gouvernement ne cesse de marteler que la filière constitue "un facteur essentiel de la souveraineté et de l'indépendance énergétique" de la France.

Pour sortir la filière de sa mauvaise passe, le chef de l'Etat a demandé à Areva et au producteur d'électricité EDF, lui aussi détenu à près de 85% par l'Etat, de se rapprocher.

Areva maîtrise toute la chaîne, de l'extraction d'uranium au traitement des déchets nucléaires, mais EDF gère les 58 réacteurs du pays.

Deux scénarios sont sur la balance pour ce rapprochement: une cession totale de la branche Areva NP (réacteurs et ingénierie) à EDF ou un rapprochement de l'ingénierie sous le contrôle d'EDF.

Dans ce scénario, Areva pourrait rechercher à l'extérieur des partenaires dans certaines de ses activités (mines, réacteurs, maintenance, etc.).

Des informations de presse ont notamment rapporté l'intérêt d'Engie (ex-GDF Suez) pour les activités de maintenance des réacteurs, ou encore celui des géants chinois du nucléaire CGN et CNNC.

L'entrée d'investisseurs étrangers sur un secteur aussi sensible risque de provoquer des remous politiques et les acteurs avancent avec prudence.

Areva doit ses résultats catastrophiques aux retards et surcoûts de projets de réacteur nucléaire pressurisé de nouvelle génération EPR, notamment en Finlande et en France. Le fiasco financier de l'acquisition en 2007 d'Uramin, une entreprise minière canadienne, a également plombé ses comptes, tout comme des pertes dans les énergies renouvelables.

bur-chp/prh/amd

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