NOUVELLES
07/05/2015 12:23 EDT | Actualisé 07/05/2016 01:12 EDT

L'immigration anglophone pas perçue «à sa juste valeur» au Québec, selon Fraser

OTTAWA - Le Québec reconnaît-il pleinement l'apport de ses immigrants anglophones, et, plus largement, des Québécois anglophones? Le commissaire aux langues officielles souhaite lancer le débat.Dans son rapport annuel déposé jeudi à Ottawa, Graham Fraser soutient que «la contribution des Québécois d'expression anglaise et des immigrants anglophones n'est pas toujours perçue à sa juste valeur au Québec».Il y précise que «le Québec compte 2,2 fois plus d'entrepreneurs anglophones que francophones» et que «cinq des dix principales découvertes scientifiques québécoises en 2013 sont attribuables à des chercheurs qui ont l'anglais comme première langue officielle parlée».Malgré cela, l'État québécois ne fournit pas les ressources nécessaires aux organismes capables d'offrir un soutien de qualité aux immigrants qui s'expriment dans la langue de Shakespeare, déplore le commissaire Fraser dans son rapport.Il recommande ainsi au ministère fédéral de la Citoyenneté et de l'Immigration d'établir clairement des mesures qu'il entend prendre pour favoriser la vitalité de ces communautés, notamment en finançant des recherches sur la question.Car «trop d'anglophones quittent chaque année le Québec pour s'établir ailleurs au Canada ou à l'étranger», et parmi eux, une personne sur huit est un immigrant, peut-on lire dans le document.Le commissaire Fraser se défend toutefois de vouloir empiéter sur le champ de compétence du Québec en matière d'immigration.«Ce n'est pas au fédéral de fixer des cibles d'immigration au Québec. Le Québec a l'autonomie complète vis-à-vis des cibles d'immigration», a-t-il affirmé en conférence de presse.Et puisque «le rôle du fédéral est un rôle assez indirect, je pense que les recommandations respectent pleinement l'autonomie du Québec en matière d'immigration», a poursuivi le commissaire.Le chef du Bloc québécois, Mario Beaulieu, a mal digéré cette section du rapport, le neuvième et avant-dernier signé par Graham Fraser.«Je pense qu'au contraire, la minorité anglophone au Québec est très bien perçue et bénéficie de privilèges», a-t-il affirmé en point de presse à Ottawa, peu après la présentation du commissaire.«Je trouve (ce) rapport déplorable. Il propose de renforcer l'immigration anglophone alors que c'est le français qui est menacé au Québec», a lâché le chef bloquiste.Selon M. Beaulieu, le commissaire tente d'influencer les décisions qu'a le pouvoir de prendre le gouvernement provincial en matière d'immigration.Immigration francophoneDe manière générale, le portrait brossé en ce qui a trait à l'immigration francophone minoritaire est le même dans le rapport, qui a été déposé quelques mois plus tôt que prévu en raison des élections prévues en octobre prochain.Le commissaire Fraser note entre autres que les organismes d'aide aux immigrants mis en place dans les provinces ou territoires n'informent pas toujours les immigrants s'exprimant dans la langue de Molière qu'ils pourraient s'intégrer à une communauté francophone et recevoir des services dans cette langue.On trouve également dans le rapport une analyse et un suivi des plaintes adressées au Commissariat aux langues officielles.Encore une fois, Air Canada fait mauvaise figure au chapitre du respect de ses obligations linguistiques ne vertu de la loi.En plus de n'avoir mis en oeuvre de façon satisfaisante qu'une seule des 12 recommandations formulées par le commissaire en 2010, le transporteur aérien en a carrément ignoré cinq, souligne-t-on dans le document.