NOUVELLES
07/05/2015 05:03 EDT | Actualisé 07/05/2016 01:12 EDT

L'Espagne perd des jeunes malgré la reprise économique

L'Espagne sortant de crise compte sur une belle croissance économique en 2015 mais elle ne crée pas assez d'emplois pour ses travailleurs immigrés et ses jeunes qui partent chercher fortune ailleurs.

Résultat de cette hémorragie, le taux de chômage qui recule régulièrement dans l'absolu a enregistré une hausse au premier trimestre du fait d'une diminution concomitante de la population active, selon les statistiques officielles.

Pendant le boom des années 2000, l'Espagne avait attiré quelque 3 millions de travailleurs étrangers mais la crise qui a éclaté en 2008 a conduit beaucoup d'entre eux à jeter l'éponge depuis trois ans. En 2014, près de 304.600 personnes qui étaient venues s'installer en Espagne sont reparties, selon les chiffres de l'Institut national de la statistique.

Des Espagnols aussi sont partis. Le nombre de ceux vivants à l'étranger a augmenté de 6,1% en 2014 à 2,18 millions. Il s'agit pour les deux-tiers de personnes naturalisées qui sont retournées dans leur pays d'origine.

On est loin de l'hémorragie enregistrée au Portugal voisin, dont plus d'un cinquième de la population a émigré, selon un officiel publié en juillet dernier. Mais la population espagnole a baissé en 2014 pour la deuxième fois depuis 1998.

- Thème de campagne électorale -

Le départ forcé des jeunes à cause de la crise économique est devenu un thème de campagne avant les élections régionales du 24 mai et des législatives prévues en fin d'année.

"Nous voulons un plan de sauvetage pour récupérer les talents, un système d'aides pour que les entreprises embauchent les jeunes espagnols ayant une qualification moyenne ou supérieure qui travaillent à l'étranger", réclamait récemment la députée socialiste Isabel Rodriguez au gouvernement conservateur.

Teresa Rodriguez, élue du jeune parti anti-libéral Podemos en Andalousie, affirme que "la génération la mieux préparée d'Andalousie a dû émigrer", suivant les traces de ses grands-parents ayant émigré dans les années 1960 à la recherche de meilleures conditions de vie.

Le PSOE chiffre à 500.000 le nombre de jeunes vivant aujourd'hui à l'étranger, faute d'avoir trouvé du travail en Espagne. Un chiffre difficile à vérifier en l'absence de statistiques détaillées.

L'Observatoire de la jeunesse (Injuve), gouvernemental, estime lui que 218.000 Espagnols de moins de 30 ans ont émigré de 2007 à 2013, soit 9% de la population active de cet âge.

José Ramon, professeur à l'école de commerce IESE, avance un chiffre plus proche de 300.000, à raison de 50.000 départs par an, mais "on ne sait pas quels sont ceux qui partent étudier et quels sont ceux qui vont chercher du travail", explique-t-il à l'AFP. Il estime que nombre d'entre eux rentreront à terme et représenteront une richesse supplémentaire pour le pays.

Malgré la reprise, --le PIB a augmenté de 1,4% en 2014 et devrait atteindre 3% cette année--, le rythme des départs ne faiblit pas et concerne surtout des universitaires, selon l'Injuve.

La ministre de l'Emploi, Fatima Bañez, assure que les mesures mises en place par le gouvernement conservateur au pouvoir depuis 2011 profitent à "390.000 jeunes de moins de 30 ans".

- Former des jeunes pour enrichir l'étranger -

Pas de quoi satisfaire l'opposition.

L'Espagne investit à perte dans l'éducation, soutient Albert Rivera, chef du parti libéral Ciudadanos en hausse dans les sondages, en formant "des travailleurs pour enrichir le PIB de l'Allemagne ou pour répondre aux nécessités des entreprises françaises ou anglaises", trois destinations prisées des Espagnols.

"Le risque est de se retrouver avec plus de retraités que d'actifs et une perte de matière grise" à terme, avertit Jésus Castillo, analyste chez Natixis.

Ces jeunes ne reviendront que quand l'économie espagnole parviendra à créer suffisamment d'emplois, selon l'Injuve. Le taux de chômage était encore de 23,78% au premier trimestre et de plus de 50% chez les 16-25 ans.

Madrid table sur un repli à 15,6% de la population active en 2018, mais l'Organisation internationale du travail (OIT) est moins optimiste et table sur un chiffre supérieur à 20% au moins jusqu'en 2020.

laf/pmr/cmr