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07/05/2015 11:28 EDT | Actualisé 07/05/2016 01:12 EDT

Guerre dans le foot espagnol pour le "pactole" des droits télévisés

La Ligue espagnole de football (LFP) a dénoncé jeudi "l'irresponsabilité" de sa Fédération nationale (RFEF), qui a pris en otage les derniers matches de la saison pour protester contre la nouvelle répartition des droits télévisés.

La Fédération a décidé mercredi soir de suspendre toutes les compétitions à partir du 16 mai, espérant ainsi faire plier le gouvernement du conservateur Mariano Rajoy, à quelques semaines d'élections municipales et régionales.

Si elle était appliquée, cette mesure perturberait l'organisation des deux dernières journées du Championnat d'Espagne, programmées les 17 et 23 mai. La finale de la Coupe du Roi entre le FC Barcelone et l'Athletic Bilbao, le 30 mai au Camp Nou, est également menacée.

L'annonce de la Fédération a déclenché l'ire du Conseil supérieur des sports (CSD) et de la Ligue de football professionnel (LFP) qui a annoncé jeudi un recours devant cette instance dépendant du gouvernement.

Le président de la LFP, Javier Tebas, a dénoncé "le chantage de la Fédération", fustigeant "un défi de la Liga répondant uniquement à un intérêt personnel".

"Angel Maria Villar est un irresponsable" qui s'est montré "mauvais gestionnaire et mauvais président" et "utilise le football comme son pré carré", a-t-il asséné au sujet du patron de la RFEF, en poste depuis 27 ans.

- 'Excuses' -

La RFEF cherche des "excuses pour justifier un affrontement continu" afin de "ne pas rendre l'argent public non justifié et de ne pas se soumettre aux audits prévus par la loi", a critiqué pour sa part le CSD.

"Monsieur Villar croit que le gouvernement de son pays doit attendre sa bénédiction et son autorisation pour faire quelque chose", a ajouté son président Miguel Cardenal à la radio publique.

Ce violent conflit, dont les conséquences économiques pourraient être "terribles" si les matches étaient annulés, selon M. Tebas, a surgi à l'occasion d'un décret pris par le gouvernement le 30 avril, prévoyant une nouvelle répartition des droits de télévision.

Cette modification a été adoptée à la demande récurrente des "petits" clubs du championnat car jusqu'alors, et contrairement à la pratique dans les autres grands championnats européens, chaque club de Liga négociait individuellement, ce qui assurait la part du lion au Real Madrid et au FC Barcelone.

Selon ce texte, les équipes de la Liga récupéreront 90% des droits. Le nouveau système prévoit pour les clubs de 1re division une répartition pour moitié égalitaire et tenant compte pour les 50% restants des résultats des équipes et de leurs revenus propres, notamment.

Par ailleurs, 1% de ces droits reviendront désormais au CSD pour financer des activités sportives.

Selon la presse, la fédération ne voudrait pas abandonner le contrôle d'une partie des fonds générés par les droits, qu'elle reversait ensuite aux fédérations régionales.

Les joueurs ont rejoint la mêlée, en se rangeant du côté de la fédération, estimant être lésés par la nouvelle répartition.

- 'Ingérences continues' -

La RFEF, qui dénonce "les ingérences continues" du CSD, reproche au gouvernement un manque de respect, l'accusant d'utiliser "l'argent privé du football (...) pour mettre en place des politiques sportives pour des activités étrangères au football".

Autre pomme de discorde, "la répartition des revenus tirés des paris officiels", ajoute le journal Sport.

Selon la presse, l'Association des footballeurs (AFE) et arbitres devrait elle aussi apporter son soutien à la fédération. Comme Lionel Messi avant lui, le milieu de terrain de l'Atletico Madrid, Mario Suarez, a ainsi apporté jeudi au micro de la radio Cadena Ser son soutien à l'AFE qui avait déjà menacé d'une grève début mai pour protester contre la nouvelle répartition des droits.

Le nouveau système est par contre présenté comme plus juste et plus rentable par le ministre de la Culture et des Sports, José Ignacio Wert. Il a notamment mentionné la Premier League anglaise, où la négociation centralisée des droits a généré 1,8 milliard d'euros en 2013-2014, alors que son équivalent espagnol n'a rapporté qu'environ 800 millions.

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