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06/05/2015 22:00 EDT | Actualisé 06/05/2016 01:12 EDT

GB/élections: Cameron trop peu trop tard?

Auréolé d'une cote de popularité sans égale et d'incontestables succès économiques, David Cameron a abordé les législatives avec le flegme du patricien à qui tout sourit, avant de se transfigurer subitement devant la perspective d'un échec ou d'une réélection étriquée qui signerait son arrêt de mort politique.

"Pendant longtemps, il a presque donné l'impression qu'il aurait préféré être à la plage", s'est étonnée Kate Jenkins, politologue à la London School of Economics (LSE).

A J-10, les partisans et opposants du Premier ministre conservateur ont enregistré ébahis son changement subit de "body language" et de langage tout court.

Finie la communication aseptisée. Le nouveau discours offensif sur le thème du "moi ou le chaos", martelé poings serrés et mâchoire crispée, s'est parfois accompagné d'euphémismes hier inimaginables. Particulièrement quand il a dit du manifeste des travaillistes d'opposition: ils peuvent se le carrer "là où le soleil ne brille pas".

Dans une interview plus apaisée au magazine The Economist, David Cameron a plaidé le malentendu. "J'ai l'impression que, parfois, certaines personnes jugent que je suis un peu trop... comment dire... trop décontracté. Ce n'est pas mon sentiment, et ce n'est pas ce que je suis".

Depuis des années, le néologisme le plus usité pour décrire son très déconcertant détachement est "chillaxed": Une contraction des verbes "chill" et "relax", tous deux traduisibles en franglais par "cool".

Les électeurs jugeront s'il en a fait trop peu, trop tard, mais à vrai dire, la question "A quoi croit-il exactement?" n'est pas nouvelle. Elle a longtemps hanté son entourage dubitatif sur son appétence, sinon son aptitude, au pouvoir, selon son biographe Anthony Seldon.

Pendant la campagne, trois "gaffes" présentées comme la preuve de sa déconnexion avec le pays profond ont fait le buzz: Cameron mangeant un hot-dog à l'aide de couverts, se trompant sur le nom du club de football censé avoir ses faveurs, et commettant un lapsus: "Cette élection est déterminante pour ma carrière" heu... "pour le pays".

- Idéologiquement décomplexé -

Au début de son mandat, sa propension à déléguer, à décompresser sur un court de tennis ou à profiter de week-ends avec sa femme Samantha et ses trois enfants a été perçue comme un gage d'équilibre.

Mais ses soutiens ont mal vécu la nonchalance avec laquelle il a exclu de briguer un troisième mandat, tout en épluchant des carottes dans sa cuisine. La confidence menace d'ouvrir prématurément la course à sa succession. D'autant que certains piaffent, à l'instar du bouillonnant maire de Londres Boris Johnson.

Déjà, les rebelles dans son camp lui reprochent "de n'avoir pas gagné" en 2010. Certes, il a mis fin à 13 années de pouvoir travailliste mais l'absence de majorité absolue l'a contraint à une coalition inédite avec les libéraux-démocrates, mal vécue par l'aile droite et eurosceptique de son parti.

Un Cameron contraint à de nouvelles alliances sortirait affaibli des législatives du 7 mai.

Lorsqu'il a accédé à 39 ans à la tête du parti conservateur, le jeune dirigeant idéologiquement décomplexé s'engageait à "décontaminer" l'image anti-sociale de son parti, héritée de la "Dame de fer" Margaret Thatcher. Et revendiquait même l'héritage de Tony Blair, le rénovateur pragmatique du Labour ayant pour leitmotiv "l'économie n'est ni de droite ni de gauche".

Il s'agissait d'un discours de rupture dans la bouche de David William Donald Cameron, né d'un père agent de change cossu et d'une mère magistrate, descendant de Guillaume IV et marié à la fille d'un baron. Eduqué à Eton et Oxford, pépinières de l'élite britannique.

Au sortir de son premier mandat, la reprise de la croissance économique et la baisse du chômage dont se prévaut "D.C" s'accompagnent d'un creusement des inégalités. Ses adversaires l'accusent de privilégier les nantis et redoutent une surdose d'austérité.

Ils lui reprochent aussi d'avoir lancé une partie de poker menteur en promettant d'organiser en 2017 un référendum susceptible de provoquer une sortie britannique de l'Union européenne, après avoir failli provoquer l'implosion du Royaume-Uni avec un référendum sur l'indépendance de l'Ecosse, en septembre.

"Dave" a confié que Barack Obama l'appelait "bro", diminutif de "brother". Sur la scène internationale, son quinquennat a surtout été marqué par un désengagement militaire en Irak et en Afghanistan; une campagne inachevée en Libye et une autre piteusement avortée en Syrie; un relatif effacement dans la crise ukrainienne et un isolement grandissant en Europe.

dh/oaa/plh