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06/05/2015 22:02 EDT | Actualisé 06/05/2016 01:12 EDT

GB: Ed Miliband a conquis ses galons de "premier ministrable"

Le leader des travaillistes Ed Miliband sort grandi d'une campagne électorale britannique où il a remporté ses galons de "premier ministrable" malgré la frénésie de ses adversaires et d'une majorité de la presse à le dénigrer.

"Quels que soient l'acharnement et la violence de ses ennemis dans leurs efforts pour l'abattre, il s'en sort toujours bien. Les attaques personnelles sont inutiles. Miliband est intouchable", estime le quotidien The Guardian, qui lui a apporté cette semaine son soutien.

Dans la dernière ligne droite, la presse conservatrice, largement dominante dans le pays, a de nouveau sorti les griffes contre "Ed le rouge", promettant le chaos et la fuite des capitaux s'il venait à l'emporter, une victoire que bookmakers et sondages envisagent sérieusement.

Mais aux yeux du public, Ed Miliband est devenu "cool", comme en témoigne le compte Twitter @Cooledmiliband ou le fan club #milifandom créé par des adolescentes irritées de le voir caricaturé, grandes dents en avant et l'air idiot.

Cette grâce soudaine et inattendue, Edward Samuel Miliband, 45 ans, la doit à un travail acharné pour améliorer son image.

Lors de ses apparitions médiatiques, il s'est montré tenace et détendu, loin du portrait de "geek" maladroit et coincé qui lui colle à la peau depuis qu'il a conquis les rênes du parti travailliste en 2010 face à son frère David, qui avait les faveurs de l'establishment politique et économique.

Une lutte fratricide digne d'une tragédie grecque que ses adversaires conservateurs ont tenté d'instrumentaliser en affirmant qu'"il poignarderait le pays comme il l'a fait" avec son aîné de quatre ans.

Son message d'un Royaume-Uni plus juste a également porté, alors que le pays, qui affiche une croissance insolente et un niveau de chômage parmi les plus bas d'Europe, a vu se multiplier les emplois précaires et les banques alimentaires.

-"Une rhétorique étroite"-

"Sa confiance en lui, ses valeurs solides et sa détermination à changer le Royaume-Uni apportent de l'énergie à la campagne", estime le quotidien Evening Standard, plus souvent prompt à le critiquer.

Pour Tony Travers, directeur de recherche à la London School of Economics, "il a fait mieux que ne s'y attendaient certains conservateurs qui tablaient sur un impair de sa part".

Le Premier ministre David Cameron, qui brigue un second mandat, a agité des scénarios apocalyptiques si M. Miliband, qu'il qualifie volontiers d'"incapable", venait à l'emporter.

Pendant cinq ans, il l'a régulièrement mouché lors de la séance des questions au gouvernement devant le Parlement de Westmintser, sans parvenir à faire douter celui qui aime à répéter qu'il a "le cuir épais".

Son assurance à toute épreuve Ed Miliband l'a forgée au cours d'une enfance heureuse, auprès de parents d'origine juive réfugiés à Londres dans les années 1940 face à l'avancée des nazis.

Son père Ralph était marxiste et avait l'habitude, avec son épouse, d'ouvrir la porte du domicile familial, dans le nord de Londres, aux socialistes du monde entier. Encourageant très tôt ses fils à prendre part à leurs conversations.

Après des études à Oxford, un bref passage dans une émission de télévision où il prépare les questions posées aux invités politiques, Ed Miliband passe de l'autre côté de la barrière, rejoignant l'équipe travailliste en 1994. Trois ans avant l'accession au pouvoir du New Labour mené par la paire Tony Blair/Gordon Brown.

De ces années au gouvernement, il dit aujourd'hui: "Il y avait trop d'inégalités dans le pays".

Ses attaques régulières contre le monde de la finance et des profits rapides lui valent la défiance des milieux d'affaires. Mais il promet aussi de réduire la dette, de créer une banque d'investissement pour aider les petites entreprises et de rester dans l'Union européenne quand David Cameron veut organiser un référendum sur la question.

L'hebdomadaire New Statesman lui accorde d'avoir réussi à asseoir son leadership sur le Labour, qu'il a gardé uni malgré les courants opposés qui l'agitent. Mais il lui reproche "une rhétorique étroite" qui l'a empêché d'élargir sa base électorale. Et devrait lui coûter cher en Ecosse, face aux nationalistes.

"Je suis prêt à faire don de ma personne pour le poste de Premier ministre", affirme solennellement dans un clip de campagne ce père de deux petits garçons, marié à une avocate spécialiste des questions d'environnement.

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