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06/05/2015 22:52 EDT | Actualisé 06/05/2016 01:12 EDT

Burundi: malgré les pressions croissantes, Nkurunziza réaffirme qu'il brigue un 3e mandat

Appel à un report des élections, sommet régional: malgré les pressions croissantes, le président Pierre Nkurunziza a réaffirmé mercredi soir, au 11e jour de contestation au Burundi, qu'il briguera un troisième mandat le 26 juin.

"Il n'y a pas d'autre solution à cette crise que d'aller aux élections", a déclaré en langue nationale kirundi le chef de l'Etat, dans une adresse télévisée, ajoutant: "Si le peuple burundais nous fait encore confiance ce sera le dernier mandat tel que stipulé par la Cour constitutionnelle".

Les opposants à un troisième mandat prêtent à M. Nkurunziza l'intention de modifier, une fois réélu, la Constitution pour supprimer la limitation de durée de l'exercice du pouvoir.

Signe de la crispation, une figure du mouvement d'opposition a été arrêtée pour "insurrection" devant journalistes, délégations et ministres mercredi dans la capitale Bujumbura, où il participait à une réunion des chefs des diplomaties est-africaines venus préparer un sommet régional extraordinaire sur la situation au Burundi.

Ce poids lourd de la société civile, Audifax Ndabitoreye, avait appelé mardi à manifester contre un troisième mandat du chef de l'Etat. Il a lui-même annoncé sa libération dans la soirée.

A l'issue de la réunion, le ministre tanzanien des Affaires étrangères, Bernard Membe, a annoncé la tenue d'un sommet de la Communauté d'Afrique de l'Est (EAC -- Burundi, Tanzanie, Kenya, Ouganda, Rwanda) le 13 mai à Dar es Salaam.

"Nous avons parlé avec le président (Nkurunziza), nous avons parlé avec les dirigeants de tous les partis politiques", a-t-il ajouté, espérant pour le Burundi "la stabilité" et "des élections pacifiques".

Depuis Nairobi, le Haut commissaire de l'ONU aux réfugiés Antonio Guterres s'est dit "extrêmement inquiet" de la situation.

Les manifestations ont été marquées par des violences et brutalement réprimées dans la capitale de ce petit pays d'Afrique des Grands Lacs, dont plus de 35.000 ressortissants se sont déjà réfugiés dans des pays voisins.

- Appel à un report des élections -

A Bujumbura, le principal opposant politique au président Nkurunziza, Agathon Rwasa, chef historique de l'ex-rébellion hutu des FNL, a demandé un report des élections législatives (26 mai) et présidentielle (26 juin), estimant la crédibilité du processus électoral déjà "mise en doute".

Il a dénoncé une violation de la Constitution, la partialité de la police et déploré que les jeunes du parti au pouvoir (Cndd-FDD), les "Imbonerakure", soient "armés et équipés comme des policiers".

"Il faut le désarmement des Imbonerakure et (...) une sécurisation des élections par des personnes beaucoup plus neutres en tout cas, pas ces policiers que nous voyons aujourd'hui", a-t-il estimé.

Les "Imbonerakure", qualifiés de "milices" par l'ONU, sont accusés d'intimider les opposants à M. Nkurunziza. La police tire parfois à balles réelles contre des manifestants qualifiés de "terroristes" par le pouvoir. Depuis le début des manifestations, le 26 avril, 14 personnes, dont 10 manifestants, sont mortes dans des violences.

Pierre Nkurunziza, élu en 2005 et réélu en 2010, a officiellement été investi le 25 avril candidat à la présidentielle par le Cndd-FDD.

Depuis, les opposants à un troisième mandat, menés par la société civile et une partie de l'opposition politique, manifestent à Bujumbura.

Mardi, la Cour constitutionnelle a donné raison au camp présidentiel qui estime un troisième mandat conforme à la Constitution, une décision que refusent de reconnaître les opposants, estimant la Cour inféodée au pouvoir.

Sous la pression d'une communauté internationale qui menace de ne plus financer le processus électoral, le gouvernement a accepté d'entamer des discussions informelles avec les meneurs de la contestation.

"C'est la réunion de la dernière chance", a estimé un diplomate. Un leader de la campagne s'est cependant montré sceptique, le gouvernement refusant selon lui de discuter du coeur du problème: le troisième mandat.

Mercredi soir, M. Nkurunziza a conditionné la libération des personnes arrêtées dans les manifestations, une revendication des anti-3e mandat, à l'arrêt de la contestation.

La journée a été marquée par de nouvelles manifestations, qui, selon la Croix-Rouge, ont fait au moins 16 blessés dans les quartiers périphériques de Bujumbura, foyers de la contestation.

La situation a été particulièrement tendue dans celui de Kanyosha entre manifestants et "Imbonerakure". Deux grenades y ont été lancées, par des inconnus, selon des témoins. Dans le quartier voisin de Kinindo, des policiers ont tiré sans sommation sur des manifestants, selon un journaliste de l'AFP. D'autres face-à-face tendus ont été signalés.

Comme elle le fait régulièrement depuis le début des manifestations, l'armée a calmé le jeu dans plusieurs quartiers.

Depuis des mois, la crainte grandit que le pays ne replonge dans des violences à grande échelle. L'histoire post-coloniale du Burundi a été marquée par des massacres intercommunautaires et par une longue et récente guerre civile (1993-2006) qui a fait quelque 300.000 morts, mis l'économie à terre et dont le pays peine encore à se remettre.

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