DIVERTISSEMENT
01/05/2015 02:34 EDT | Actualisé 01/05/2015 02:36 EDT

«Ce qu'il reste de moi»: la ferveur des Montréalais

Courtoisie

Le Canadien de Montréal, le mouvement Occupy, la crise du verglas, la Nuit Blanche, la communauté juive hassidique, les vieux, les jeunes, les artistes, les entrepreneurs et les enseignants : les multiples visages de la métropole se côtoient dans Ce qu’il reste de moi (Boréal). Avec son nouveau roman, Monique Proulx souligne que les Montréalais de tous les horizons, de toutes les générations et de toutes les époques auraient en commun la ferveur des fondateurs de la ville, Jeanne Mance et Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve.

Les mêmes caractéristiques s’appliquent-elles à Québec (sa ville d’origine) et Trois-Rivières, toutes deux fondées quelques années avant Montréal? « Montréal est différente en ce sens qu’elle rassemble différentes cultures dans un espace francophone. Le fait que sa naissance soit de nature française, mystique et chrétienne est unique. Mais cette ferveur demeure une intuition romanesque que j’ai vérifiée. C’est l’angle que j’ai trouvé pour parler de tous les personnages que j’avais en tête. Je n’en ferais pas une thèse universitaire. »

Tout de même, l’élaboration du roman a nécessité une recherche approfondie sur une quantité de thématiques impressionnante : univers hassidique et musulman, culture soufie, mythologie inuit, sorcellerie contemporaine, pratique de l’exorcisme, art contemporain et tout particulièrement l’histoire du Québec et de la fondation de Montréal.

«J’ai commencé par lire sur la naissance de la ville et ses fondateurs, deux personnages plus grands que nature. Un couple laïque et chaste qui vient fonder Montréal, en allant totalement à contre-courant de la recherche de confort, d’amour et de famille. Ils ont tout largué pour venir ici. Avec le recul, je réalise que mon projet était une folle entreprise, comme on le disait à propos de la fondation de la métropole.»

Son dernier roman?

Monique Proulx a même pensé que ce roman pourrait être son dernier, tant l’engagement était grand. « Chaque fenêtre ouvrait sur une nouvelle et je me demandais jusqu’où j’irais dans ma quête de découverte. Je commençais à tirer la langue. Mais je peux affirmer que ce ne sera pas mon dernier... »

Ses histoires échafaudées, qui lui procurent un grand plaisir masochiste, l’ont donc fait suffisamment jubiler pour recommencer. « Ce roman me permettait de créer tant de personnages, en allant à la source de leurs motivations. Et les fils du récit, qui se nouent de façon quasiment magique, ont énormément stimulé mon esprit scientifique. Parfois, j’étais en plein néant, mais je devais l’accepter. C’était comme un grand terrain de jeu, rempli de tous les jouets, où je devais assumer de ne pas toujours savoir ce qui allait se passer. »

Avec une plume poétique, qui lui a permis de sublimer la langue dans chacun de ses détours, l’auteure a tenté de comprendre la soif de liberté et de renouveau commune aux premiers Français débarqués en Nouvelle-France et aux Montréalais d’aujourd’hui.

« Je pense que l’immensité du territoire, les paysages de bout du monde et les forêts indomptés ont agi sur l’esprit de bien des colons. La vie qu’ils entreprenaient ici leur permettait de s’affranchir du poids d la civilisation européenne, avec une sorte d’exaltation. On le sent encore de nos jours. Récemment, le designer Philippe Stark dirait que Montréal était un territoire neuf sur lequel on pouvait encore créer des choses, même après presque 375 ans. On ne peut pas penser ainsi en Europe. C’est comme si tout était figé et qu’on pouvait seulement essayer de trouver sa niche dans ce qui existe déjà. »

À l’inverse, aux yeux d’un jeune trentenaire (Laurel, que ses fidèles lecteurs ont connu à 15 ans dans Les Aurores montréales) qui revient à Montréal, après un séjour en Inde, la ville est synonyme de malaise. « Après un voyage dans un pays archi densément peuplé, où l’on retrouve une grande vie spirituelle, on peut imaginer le choc de revenir à Montréal en décembre, dans l’humidité totale. Laurel a l’impression de marcher dans une ville vide, avec des habitants ultras disciplinés et tous branchés sur leurs appareils. Comme si une espèce de vacuité de sens lui sautait au visage. Jusqu’à ce qu’il croise la statue de Jeanne-Mance et qu’il vive une sorte d’expérience de conscience, qui lui fait découvrir la métropole autrement... »

Le roman Ce qu’il reste de nous est disponible en librairies.

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