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29/04/2015 17:32 EDT | Actualisé 29/06/2015 01:12 EDT

Togo : l'opposant Jean-Pierre Fabre, officiellement battu, se considère comme président élu

L'opposant Jean-Pierre Fabre a affirmé mercredi se considérer comme le président élu du Togo, rejetant les résultats "frauduleux" qui donnent le sortant Faure Gnassingbé largement vainqueur de l'élection, pourtant saluée par la communauté internationale.

A la question de l'AFP: "Vous considérez-vous comme le nouveau président de la République élu?", il a répondu "Bien sûr!"

Le candidat de CAP 2015 (Combat pour l'alternance politique, une coalition de plusieurs partis d'opposition) a contesté les résultats officiels de l'élection présidentielle de samedi, qui le créditent de 34,95% des suffrages, contre 58,75% pour le président sortant.

La Commission électorale nationale indépendante (Céni) avait annoncé mardi que M. Gnassingbé était réélu selon "des résultats provisoires" demandant confirmation "par la Cour constitutionnelle".

La Céni a indiqué dans l'après-midi n'avoir pas encore transmis son rapport électoral à la Cour constitutionnelle.

"Ces résultats (...) sont des résultats frauduleux qui n'ont rien à voir avec les résultats compilés par le centre informatique de CAP 2015 (...) qui nous donnent largement vainqueurs", a déclaré M. Fabre.

"Ce énième coup de force électoral ne passera pas", a-t-il martelé, appelant à se "mobiliser massivement pour faire échec à ce crime contre la souveraineté nationale".

- 'Scrutin libre et transparent' -

Faure Gnassingbé avait été porté au pouvoir par l'armée en 2005 à la mort de son père, le général Gnassingbé Eyadéma, qui régna d'une main de fer pendant 38 ans. Une présidentielle calamiteuse avait suivi la même année, entachée de violences (400 à 500 morts et des milliers de blessés, selon l'ONU) et de fraudes massives.

Après plusieurs réformes - multipartisme, liberté de la presse, abolition de la peine de mort - qui ont entraîné en 2007 la levée des sanctions internationales instaurées du temps de son père pour "déficit démocratique", M. Gnassingbé avait été réélu en 2010 avec 60,88% des voix, déjà contre M. Fabre (33,93%).

Le scrutin, contesté par l'opposition, avait été jugé acceptable par la communauté internationale.

Cette année, l'Union Européenne (UE) a estimé que l'élection s'était "déroulée dans le calme, confirmant l'attachement du peuple togolais à la démocratie". Les missions d'observation de la Commmunauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) et de l'Union Africaine (UA) ont décrit un scrutin libre et transparent.

La Concertation nationale de la société civile (CNSC), ONG ayant déployé 1.200 observateurs sur le terrain, a considéré mercredi qu'il s'agissait d'un "scrutin acceptable", respectant "les règles en vigueur au niveau national mais également les standards internationaux".

- 'Fabre président!' -

Dans le quartier d'Ablogamé, fief de l'opposition dans la capitale, 200 à 300 personnes, essentiellement des jeunes, s'étaient massées à la mi-journée devant le siège du CAP 2015 pour entendre Jean-Pierre Fabre, dont le discours était retransmis par haut-parleur dans la rue.

Lorsque son champion a proclamé sa victoire, la foule, explosant de joie, a longuement scandé "Fabre président!". "On est fatigués de ce régime! On est prêts à mourir!", a hurlé Lawson, un étudiant de 30 ans. Dans toutes les bouches revenait en boucle le mot "dictature".

Pour Léonard "c'est le moment de prendre le pouvoir! (...) On va s'opposer par toutes nos forces, par tous les moyens!"

Akolly, 32 ans, explique avoir été "torturé" par la police en 2010, après la précédente présidentielle, en dévoilant son corps recouvert de cicatrices. Selon Amnesty International, les forces togolaises ont toujours recours à la torture. "Nous n'allons jamais laisser Faure Gnassingbé gagner", a-t-il juré.

Ailleurs dans Lomé, les rues bruissaient mercredi de leur activité normale et aucun dispositif sécuritaire spécifique n'était visible.

L'élection laissait de nombreux habitants de marbre, tel Basile, la soixantaine, qui travaille comme taxi. "On veut le changement, mais sans Faure et sans Fabre. Il faut qu'ils s'en aillent tous les deux, ils sont pareils".

Mercredi soir vers 21H00 (locale et GMT), la capitale était calme et aucun rassemblement n'était visible dans les rues, ont constaté des journalistes de l'AFP.

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