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29/04/2015 06:11 EDT | Actualisé 29/06/2015 01:12 EDT

Sursis pour une Philippine en Indonésie: l'archipel crie au "miracle"

L'euphorie le disputait à l'incrédulité aux Philippines après le sursis de dernière minute octroyé par l'Indonésie à une jeune domestique condamnée à mort pour trafic de drogue. "Maman va vivre!", criaient ses enfants et ses partisans pleuraient de joie.

Quand il est apparu que Mary Jane Veloso, 30 ans, n'avait pas été passée par les armes dans la nuit de mardi à mercredi comme c'était prévu, sa famille s'est dit que ses prières avaient été entendues.

"Les miracles arrivent bien", a déclaré à la radio de Manille Celia Veloso, qui s'était rendue en Indonésie pour croyait-elle, voir sa fille une dernière fois.

Ses fils âgés de six et 12 ans avaient fait le voyage en Indonésie la semaine dernière pour dire adieu à leur mère. Ils se sont écriés, euphoriques: "Oui, oui, maman va vivre", a raconté leur grand-mère.

Devant l'ambassade d'Indonésie à Manille, les manifestants qui veillaient là ont pleuré de joie.

Mary Jane Veloso a obtenu un sursis, contrairement à huit autres condamnés passés devant le peloton d'exécution, lorsque la personne soupçonnée de l'avoir recrutée comme mule s'est rendue aux autorités philippines.

Cette mère célibataire avait été arrêtée voici cinq ans sur l'île de Java avec 2,6 kilogrammes d'héroïne dans sa valise. Son seul crime, dit sa famille, est d'avoir été piégée par un cartel de la drogue alors qu'elle cherchait désespérément du travail à l'étranger.

Aux Philippines, 90% des 100 millions d'habitants sont des catholiques fervents. Le père Harold Toledano, conseiller spirituel de la famille, a expliqué que la condamnée n'avait jamais perdu espoir.

"C'est comme une résurrection. Elle est vivante. C'est comme si quelqu'un était mort et puis, s'était relevé", a dit le prêtre à l'AFP à Cilacap, port d'accès à "l'Alcatraz" indonésien, où se rassemblent les familles des condamnés. "C'est trop beau pour être vrai. C'est un miracle. C'est extraordinaire".

- 'Mary Jane, une victime' -

L'avocat philippin de la condamnée, Edre Olalia, a raconté que la famille avait sauté de joie à l'annonce de sursis.

A Cabanatuan, sa ville d'origine, à environ deux heures de route au nord de Manille, le soulagement était palpable.

"C'est n'est rien moins qu'un miracle. Nous sommes remplis de joie. Loué soit le Seigneur", a déclaré sa tante, Imelda Magday, à la télévision locale.

"J'ai ressenti une montée d'énergie en apprenant la nouvelle. Je remercie le Seigneur. Mary Jane, ne t'inquiète pas, on se reverra bientôt", s'exclamait sa grand-mère Milagros Fiesta.

Mary Jane Veloso est devenue en quelque sorte le symbole des souffrances endurées par les 10 millions de Philippins contraints par la pauvreté à se rendre à l'étranger pour y chercher du travail.

Née de parents éboueurs, la jeune femme n'a pas fini le lycée et s'était mariée alors qu'elle n'était qu'une adolescente. Elle avait trouvé un emploi de domestique à Dubaï en 2009 mais était rentrée aux Philippines lorsque son employeur avait tenté de la violer, raconte sa famille.

Celle-ci accuse une dénommée Cristina Sergio d'avoir été en cheville avec un cartel international de la drogue qui aurait placé l'héroïne dans la valise de Mary Jane, et de l'avoir piégée en lui promettant un emploi en Indonésie.

Mardi, cette Philippine s'est rendue à la police de Cabanatuan, affirmant avoir été menacée de mort suite aux accusations de la famille Veloso, a déclaré à l'AFP le chef de la police provinciale Rey de la Cruz.

Des enquêteurs chargés de la lutte contre le crime organisé enquêtent sur d'éventuels faits de trafic d'être humain et de fraude qui pourraient lui être reprochés. Le ministère de la Justice doit décider rapidement d'une éventuelle inculpation.

Rene Almendras, directeur de cabinet du président, a raconté comment, fort de cette "information", Benigno Aquino a contacté le ministre indonésien des Affaires étrangères en dehors de toute règle protocolaire. "Chaque minute comptait", dit-il.

La jeune femme reste toutefois condamnée à mort et Manille veut convaicre Jakarta qu'elle a été utilisée à son insu, qu'il faut s'en prendre au cartel qui s'est servi d'elle.

"Nous devons désormais prouver qu'elle était une victime", a ajouté M. Almendras, ajoutant que Manille avait mis la main sur des "témoins du recrutement illégal" de la domestique.

Certains journaux philippins ont été pris en défaut par le "miracle". Le gros titre du Philippine Daily Inquirer proclamait, à côté d'une photo de la jeune femme souriante: "La mort a frappé avant l'aube".

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