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29/04/2015 08:42 EDT | Actualisé 29/06/2015 01:12 EDT

Mobilisation trop faible sur le mauvais usage des antibiotiques (OMS)

Les services de santé dans le monde n'agissent pas suffisamment contre le mauvais usage des antibiotiques, ce qui conforte la résistance aux médicaments et entraîne des décès dus à des maladies pourtant guérissables, s'émeut mercredi l'OMS qui proposera en mai un programme global d'action.

"Des infections communes et des blessures légères, qui sont traitées depuis des décennies, peuvent à nouveau tuer", a averti Charles Penn, coordinateur de l'Organisation Mondiale de la Santé pour la résistance antimicrobienne dans une conférence de presse à Genève.

"Nous allons perdre la capacité à traiter des maladies sérieuses, comme les infections sanguines, la pneumonie, la tuberculose, la malaria, le HIV. Et les bénéfices de traitements médicaux avancés, comme la chimiothérapie pour le cancer et pour les chirurgies lourdes, deviendront aussi plus risqués et pourraient bien être perdus", a-t-il dit.

L'OMS souligne des "écarts majeurs" dans les six régions du monde, dans sa première étude sur la réponse des pays au problème de la résistance antimicrobienne - le fait que les microbes deviennent insensibles aux médicaments.

"Il s'agit du seul plus grand défi des maladies infectieuses aujourd'hui", estime dans cette étude le docteur Keiji Fukuda, assistant du Directeur général pour la sécurité de la santé.

"Tous les types de microbes, y compris de nombreux virus et parasites, deviennent résistants aux médicaments", explique-t-il, exprimant une préoccupation particulière face à des "bactéries qui deviennent de moins en moins traitables avec les antibiotiques disponibles".

L'OMS a préparé un plan d'action global, qui sera proposé à l'approbation des pays membres dans leur réunion annuelle à Genève en mai.

L'OMS avait lancé l'année dernière un avertissement sur la question, estimant qu'on s'acheminait vers une "époque post-antibiotique" où on pourra mourir d'infection banale ou de blessures légères.

L'organisation a depuis mené cette étude auprès de 133 pays. Elle porte sur leur réponse à la résistance aux médicaments antimicrobiens pour traiter la pneumonie, la tuberculose, la malaria et le virus HIV.

60 pays membres n'ont pas répondu à l'étude en particulier la Chine et les Etats Unis.

Le rapport ne publie que des données régionales et non par pays. Seuls 34 des 133 pays ont mis en place une politique pour lutter contre la résistance aux antibiotiques. Un des problèmes est la vente libre des antibiotiques sans ordonnance, encore très répandue dans le monde.

La contrefaçon et les médicaments de mauvaise qualité sont aussi une des causes de ces problèmes, en particulier avec des médicaments qui ne contiennent pas la quantité suffisante d'ingrédients actifs.

C'est particulièrement le cas en Afrique "où il s'agit d'un problème général", souligne le rapport, déplorant que seulement huit Etats aient répondu pour le rapport sur les 47 pays africains membres de l'OMS sollicités.

De nombreux pays n'ont pas publié de protocole de traitement, ce qui conduit à un usage excessif de médicaments par les médecins et le public. "L'usage exagéré et inapproprié des médicaments antimicrobiens accélère l'apparition de micro-organismes résistants", affirme l'étude.

"La situation est alarmante", poursuit le rapport en notant que le public -même en Europe- n'a pas conscience de ces problèmes et continue à croire que les antibiotiques peuvent être utilisés contre les infections virales, ce qui n'est pas le cas.

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