NOUVELLES
29/04/2015 12:45 EDT | Actualisé 29/06/2015 01:12 EDT

Le président zimbabwéen fustige ses compatriotes qui émigrent en Afrique du Sud

Le président zimbabwéen Robert Mugabe a fustigé mercredi ses compatriotes qui s'expatrient en Afrique du Sud, à l'occasion d'un sommet régional tenu quelques jours après une vague de violences xénophobes dans ce pays voisin qui a fait au moins sept morts.

Bien que ce sommet de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) ait eu pour thème l'industrialisation de la région, les récents événements de Durban et de Johannesburg ont donné au chef de l'Etat zimbabwéen, hôte de la réunion, l'occasion de s'adresser à ses compatriotes.

"Il y a longtemps, partir en Afrique du Sud était comme partir au paradis sur terre", a dit Robert Mugabe. "Je ne sais pas ce qui les attire. Je suppose que c'est la vie là-bas. Les grands magasins."

Des centaines de milliers de Zimbabwéens ont émigré vers l'Afrique du Sud voisine ces dernières années, pour échapper à la misère et au chômage dans leur propre pays. Robert Mugabe est accusé par ses détracteurs d'avoir ruiné son pays et son peuple, autrefois prospère, par des mesures économiques inappropriées.

Ces émigrés ont été pris pour cibles des récentes violences en Afrique du Sud, de même que nombre d'autres Africains, essentiellement mozambicains, congolais et malawites. Des centaines d'entre eux sont rentrés dans leur pays en abandonnant tout sur place.

Selon M. Mugabe, le président sud-africain Jacob Zuma a informé ses homologues de la SADC des mesures prises pour stopper la violence xénophobe.

Publiquement, le président Zuma avait renvoyé la balle à ses homologues lundi, lors d'une allocution prononcée à Pretoria à l'occasion de la fête nationale.

"Certaines des questions soulevées par les représentants des ressortissants étrangers doivent vraiment être discutées, d'abord à la SADC et aussi à l'Union africaine. Certains d'entre eux ont porté de très graves accusations à l'encontre de leurs propres pays, expliquant pourquoi ils sont en Afrique du Sud", avait-il déclaré.

Le thème officiel du sommet de Harare, l'industrialisation de l'Afrique australe, a également illustré l'une des raisons de l'immigration africaine vers l'Afrique du Sud.

Alors que le pays de Nelson Mandela est, de très loin, le plus industrialisé de la région, ses voisins n'ont guère créé d'emplois industriels depuis des décennies. Et Robert Mugabe a insisté sur la nécessité de transformer sur place les matières premières, qui sont pour l'instant massivement exportées sous forme brute vers les pays riches.

"En exportant nos matières premières brutes, nous ne retirons qu'un bénéfice marginal", a déclaré le président zimbabwéen. "Malgré la richesse de nos ressources naturelles, environ 70% de nos concitoyens vivent sous le seuil de pauvreté. (...) C'est seulement en ajoutant de la valeur à nos produits que nous pouvons faire le premier pas. La valeur ajoutée permet d'augmenter les revenus des exportations de notre tabac, notre cacao, notre café, notre coton, notre bois, notre sucre et de bien d'autres produits."

"Jusqu'à présent, nous avons été nos propres libérateurs de l'esclavage et de l'oppression coloniale, nous devons trouver les moyens de nous libérer de l'esclavage économique. Bref, nous devons financer notre stratégie d'industrialisation", a-t-il ajouté.

fj/bgs/cpb/liu/jpc