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29/04/2015 01:39 EDT | Actualisé 29/06/2015 01:12 EDT

Le Japon face à son passé militariste 70 ans après la fin de la guerre

En visite aux Etats-Unis, Shinzo Abe va prendre la parole mercredi devant le Congrès réuni au grand complet - une première pour un Premier ministre japonais. Nul doute que son discours, dans lequel il ne pourra éviter d'évoquer le passé militariste de l'Archipel, sera reçu avec attention par ses hôtes, 70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Mais aussi, et surtout, par les voisins du Japon qui reprochent à M. Abe de manquer de "sincérité" dans ses excuses pour les crimes commis par l'armée impériale.

Q: Le Japon a-t-il présenté des excuses pour son passé militariste?

R: En 1995, le Premier ministre d'alors, Tomiichi Murayama, a fait part des "profonds remords" du Japon et a présenté des "excuses sincères" pour "la domination coloniale et l'agression" exercées sur les pays voisins.

Dix ans plus tard, le Premier ministre Junichiro Koizumi a repris la même formulation à l'occasion du 60e anniversaire de la défaite du Japon.

En 1993, le Japon avait aussi reconnu sa culpabilité dans l'exploitation de 200.000 femmes asiatiques dans les bordels de l'armée impériale.

A l'époque, un fonds fut établi pour verser des réparations financières à ces femmes dites de "réconfort". Toutefois, ce fonds fut financé par des dons privés, non par le gouvernement japonais.

Q: Alors que reproche-t-on au Japon?

R: La Chine et les deux Corées accusent Tokyo de manquer de "sincérité". A leurs yeux, les regrets rituels des dirigeants japonais ne s'accordent pas à leurs gestes, en particulier lorsqu'ils visitent régulièrement le sanctuaire patriotique Yasukuni à Tokyo, où sont honorés entre autres des criminels de guerre condamnés par les Alliés après la guerre.

Trois ministres du gouvernement Abe et une centaine de parlementaires se sont encore rendus récemment au Yasukuni. Ils justifient ces pélerinages - perçus comme des provocations par Pékin et Séoul - par la volonté de rendre hommage aux Japonais tombés au champ d'honneur.

Shinzo Abe lui-même a visité le sanctuaire en décembre 2013.

Q: Quelles sont les opinions de M. Abe sur la Seconde Guerre mondiale?

R: Nationaliste de tradition familiale, Shinzo Abe est accusé par ses adversaire de révisionnisme historique. S'il a promis de ne pas revenir sur les excuses formulées par ses prédécesseurs, il a aussi récemment laissé entendre qu'il ne voyait pas la nécessité de les "réécrire".

Il s'est borné pour l'instant à réitérer les "profonds remords" du Japon mais sans réitérer les "excuses sincères" attendues dans la région.

En outre, le Premier ministre nippon s'est montré pour le moins ambigu sur la question des femmes asiatiques réduites en esclavage sexuel par la soldatesque japonaise, minimisant à outrance le rôle des autorités de l'époque.

Certes, il s'est dit mardi à Washington "profondément peiné" par le sort de ces femmes dites "de réconfort" mais, là encore, n'a pas présenté d'excuses.

Par ailleurs, M. Abe doit aussi tenir compte de la base la plus conservatrice de son camp qui estime que le Japon en a déjà trop fait en matière de repentance.

Q: Comment l'histoire de la Seconde Guerre mondiale est-elle traitée dans les manuels scolaires et enseignée dans les écoles?

R: Cela dépend des manuels scolaires, dont le choix incombe aux autorités académiques locales.

Les élèves japonais sont au courant des violences commises par l'armée impériale en Asie, mais pas nécessairement en détail. Si certaines horreurs comme le massacre de Nankin (décembre 1937-février 1938) sont souvent connues, d'autres, comme les expérimentations bactériologiques sur des cobayes humains par l'Unité militaire 731 ou "la marche de la mort" des prisonniers de guerre de Bataan (Philippines) sont largement ignorées.

La période de la Deuxième Guerre mondiale arrive en fin d'année scolaire, quand les enseignants bouclent à toute vitesse le programme, et reçoit moins d'attention que les temps préhistoriques ou l'ère féodale des samouraïs.

Enfin, cela va sans dire, le récit des années de guerre est dominé par les bombardements atomiques américains de Hiroshima et Nagasaki d'août 1945.

Q: Comment le Japon va-t-il marquer le 70e anniversaire de sa défaite?

R: Par une déclaration officielle de M. Abe, sur laquelle travaille actuellement une commission spéciale.

Cette déclaration devrait insister sur le grand rôle pacifique joué sur la scène internationale par le Japon depuis 1945 et sa générosité à financer l'aide au développement dans les pays pauvres.

Mais il est certain que la déclaration de Shinzo Abe sera examinée à la loupe par Les Chinois et les Coréens.

hih-agr/ros