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29/04/2015 05:03 EDT | Actualisé 29/06/2015 01:12 EDT

Karachi en quête d'une révolution des transports sur le modèle de Bogota

Lorsqu'il était maire de Bogota, Enrique Penalosa avait déclaré la "guerre" aux automobilistes en créant un réseau et des corridors spécifiques pour les autobus, une révolution urbaine qu'il souhaite aujourd'hui transplanter à Karachi, mégalopole pakistanaise embouteillée du matin au soir.

A la création du Pakistan en 1947, Karachi ne comptait à peine qu'un demi-million d'habitants. Aujourd'hui, ils sont environ 20 millions à faire tourner ce grand carrousel urbain.

Et au rythme où vont les choses, ils pourraient atteindre les 31 millions vers 2030, selon les projections de la Banque asiatique de développement (ADB). Un constat qui l'a poussée à financer en partie un projet public-privé d'un milliard de dollars pour doter Karachi d'un "BRT", ou bus à haut niveau de service avec routes et corridors spécifiques.

Car dans la métropole économique pakistanaise où le système de transports publics peine à s'imposer, voitures et motos sont toujours plus nombreuses, amenant bruit, pollution et embouteillages sur les routes souvent grignotées par les chantiers d'immeubles en construction.

Les 10.000 autobus de Karachi, archi-bondés, mal-entretenus et vétustes peinent à inverser la tendance: ils ne représentent que 5% des véhicules en circulation dans cette ville par ailleurs sans métro.

Karachi risque de crouler sous son propre poids, prévient Enrique Penalosa, à la tête de Bogota de 1998 à 2000 et devenu conseiller auprès de l'ADB pour ce projet de revitalisation des transports dans la première ville du Pakistan.

"Dans les années à venir, il y aura 20 fois plus de voitures en circulation et Karachi sera complètement congestionnée", prédit-il. A la tête de Bogota, M. Penalosa avait créé des centaines de kilomètres de pistes cyclables, des corridors spécifiques pour les autobus et restreint l'accès des voitures au centre-ville.

"Tous les citoyens sont égaux stipule la constitution pakistanaise. Si tous les citoyens sont égaux, cela signifie qu'un bus dans lequel circulent 80 passagers a le droit d'avoir 80 fois plus d'espace qu'une automobile avec un passager. C'est ça la démocratie de base", explique à l'AFP cet homme à la chevelure argentée.

A Lahore, deuxième ville du Pakistan avec quelque 12 millions d'habitants, les autorités ont lancé il y a deux ans un "métrobus" avec des stations, des voies réservées et des ponts dédiés. Ce mode de transport est rapidement devenu populaire, permettant de désengorger le centre-ville.

Fort de ce succès, les autorités ont lancé un projet similaire autour de la capitale pakistanaise, avec un métrobus Rawalpindi-Islamabad qui doit entrer en service dans les prochains mois.

- Guerre aux voitures de luxe? -

Mais le projet pour Karachi, une ville 33 fois plus étendue que Paris intra-muros, rythmée par des attentats et des rivalités politico-ethniques, est plus périlleux.

"Le BRT est un système de transport très peu onéreux, mais très difficile (à mettre en oeuvre) d'un point politique, logistique", estime l'ex-maire de Bogota qui n'a pas été réélu après sa petite révolution du transport dans la capitale colombienne.

Selon lui, le principal défi est de faire accepter aux propriétaires de voitures de luxe qu'ils ne pourront plus circuler que sur une portion réduite de la route, afin de ménager des voies dédiées aux transports en commun. Pas sûr que les autorités oseront s'attaquer aux plus riches, souvent liés aux grands partis politiques locaux, pour implanter le projet.

Pourtant, en plus de désengorger Karachi et de doper sa croissance économique, le BRT favoriserait l'accès au patrimoine architectural de cet ancien port colonial, dont plusieurs des joyaux du 19e et début 20e siècle sont mangés par la pollution, couverts d'affiches ou perdus au milieu d'une croissance urbaine anarchique.

Ce projet "doit aussi servir à protéger et récupérer le patrimoine", souligne M. Penalosa qui se prend même à rêver de zones piétonnes, une idée aujourd'hui impensable à Karachi.

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