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29/04/2015 11:13 EDT | Actualisé 29/06/2015 01:12 EDT

Juncker réclame une immigration légale et fâche les droites européennes

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a demandé mercredi aux pays de l'UE de faciliter l'immigration légale pour éviter les drames en Méditerranée, et a fâché ses amis conservateurs au Parlement européen.

"Nous devons travailler sur l'immigration légale. Si nous fermons les portes, les migrants entreront par effraction par les fenêtres", a-t-il averti lors d'un débat au Parlement européen sur les résultats du sommet européen extraordinaire de jeudi dernier, qu'il a jugé "insuffisants".

M. Juncker s'est également prononcé en faveur d'un "système de quotas pour une répartition géographique des réfugiés sur toute l'Europe". Cette proposition est acceptée par le PPE.

Dans une résolution, adoptée par 449 voix contre 130, et 93 abstentions, les députés européens se sont donc prononcés pour "un quota contraignant" pour répartir les demandeurs d'asile entre les 28 pays de l'UE.

Une telle mesure sera difficile à faire accepter par les Etats membres. Elle imposerait une révision du règlement de Dublin, qui oblige le pays où sont arrivée les migrants à les accueillir, à traiter les demandes d'asile et à renvoyer ceux à qui la protection a été refusée.

La Commission européenne avait proposé de réviser ce règlement en 2013. 24 des 28 pays, dont le Luxembourg, alors dirigé par Jean-Claude Juncker, avaient refusé.

La Commission européenne doit présenter le 13 mai sa stratégie pour les migrations. Elle va faire des propositions pour réclamer des quotas obligatoires d'accueil des réfugiés pour tous les Etats membres, mais aussi faciliter une immigration économique légale dans l'UE. Le plan sera soumis aux chefs d'Etats et de gouvernements lors de leur sommet les 25 et 26 juin.

Le groupe PPE a bloqué toute référence à l'immigration légale dans la résolution. Son président, Manfred Weber, s'est opposé à M. Juncker sur ce point. "Quiconque affirme qu'il faut ouvrir les portes du marché du travail de l'UE à l'immigration légale se leurre", a-t-il soutenu au cours du débat. "Un jeune sur cinq n'a pas de travail sur notre continent", a-t-il ajouté.

La proposition de M. Juncker a également été rejetée par le groupe ECR dominé par les conservateurs britanniques, par les europhobes britanniques de l'Ukip et par l'extrême droite.

"Ce sera une catastrophe si le message que nous lançons est que toute personne qui vient sera acceptée. (...) Nous ne pouvons pas les accueillir. 77% de nos concitoyens disent non à cela", a affirmé Nigel Farage, le leader de l'Ukip, à quelques jours des élections au Royaume-Uni.

"Nous ne pouvons pas fermer la porte à tout le monde, mais nous ne pouvons pas accueillir tout le monde, tous ceux qui veulent arriver", a soutenu l'eurodéputé britannique, Syed Salah Kamall, chef de file du groupe ECR.

"Vous voulez la migration, c'est votre projet. Mais avez-vous demandé au peuple, aux nations, ce qu'ils en pensent?", a lancé la présidente du Front national français,Marine Le Pen.

A l'inverse, l'élue libérale néerlandaise Sophie In't Veldt a déploré "l'utilisation des tragédies en Méditerranée à des fins populistes et xénophobes". "L'UE a besoin d'une politique migratoire car sa population décline".

Favorable elle aussi à l'ouverture de voies d'immigration légales, l'eurodéputée Verte allemande Ska Keller a interpellé le PPE. "Vous devriez écouter plus souvent M. Juncker. Il a été votre candidat et il est votre président".

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