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27/04/2015 06:06 EDT | Actualisé 27/06/2015 01:12 EDT

Noursoultan Nazarbaïev, l'autocrate policé des steppes du Kazakhstan

Noursoultan Nazarbaïev, qui a remporté pour la cinquième fois consécutive l'élection présidentielle au Kazakhstan, dirige cette ex-république soviétique depuis presque un quart de siècle, s'imposant comme un autocrate policé dont le principal atout est d'être à la tête du pays le plus prospère d'Asie centrale.

"Je suis sûr que les Kazakhs choisiront la politique de stabilité, de développement (...) et d'harmonie dans notre pays", avait résumé le dirigeant de 74 ans, s'adressant à la nation à la veille de ce scrutin anticipé ordonné fin février en raison des "difficultés" économiques traversées par le pays.

Celui que le président russe Vladimir Poutine qualifie de dirigeant "le plus prudent" de l'espace post-soviétique a recueilli dimanche près de 98% des suffrages.

Cet homme avare en sourires, au visage rond et au regard vif, a commencé sa carrière comme ouvrier dans la métallurgie avant de grimper les échelons du Kazakhstan soviétique pour en devenir en 1989 le n°1, premier secrétaire du Parti communiste local.

Elu président pour la première fois en 1991, dans un scrutin où il était seul candidat, il a tenu depuis fermement les rênes du pouvoir.

En 2011, il avait rejeté une proposition du Parlement d'organiser un référendum pour se maintenir à la présidence jusqu'en 2020, pour affirmer aussitôt qu'il était prêt à rester indéfiniment au pouvoir. "Je suis prêt à travailler autant que je le pourrai, si mon état de santé me le permet", avait-il alors déclaré.

Apparatchik soviétique typique, il a opéré comme beaucoup d'autres une mue politique à la chute de l'URSS en 1991, quand le Kazakhstan a accédé à l'indépendance. Il s'est alors converti au capitalisme et a imposé peu à peu sur la scène internationale sa vaste république désertique, riche en hydrocarbures et en minerais.

Car Noursoultan Nazarbaïev, jouant d'une politique étrangère "multivectorielle" selon la terminologie officielle, a su se lier d'amitié aussi bien avec Moscou et Pékin qu'avec Washington, présentant le Kazakhstan comme un pays où peuvent se résoudre les conflits internationaux.

En janvier, il avait proposé d'accueillir à Astana un sommet international sur l'Ukraine en présence de François Hollande et Angela Merkel, finalement annulé.

Il agit de même avec la Syrie, dont il accueillera bientôt quelques représentants de l'opposition après avoir invité les soutiens du pouvoir, qui ont décliné.

- Auteur de la réussite kazakhe -

Noursoultan Nazarbaïev utilise avec pragmatisme les énormes réserves d'hydrocarbures du pays, accordant aux uns et aux autres concessions pétrolières et oléoducs, tout en agitant la menace d'amendes ou d'expropriations pour protéger les intérêts du Kazakhstan.

Le résultat a été spectaculaire: jusqu'à 2008, au début de la crise mondiale qui a plombé ses résultats économiques, le Kazakhstan a enchaîné une décennie de croissance flirtant avec les 10% annuels.

Malgré son bilan démocratique critiqué, le Kazakhstan a même obtenu en 2010 la présidence de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Ces derniers temps, les relations économiques se sont toutefois distendues entre le Kazakhstan et la Russie, son plus proche allié, en raison des retombées des sanctions occidentales imposées à Moscou pour son rôle présumé dans la crise ukrainienne.

A Astana, capitale depuis 1997, M. Nazarbaïev a forgé une ville à l'architecture extravagante à coup de pétrodollars, élevant gratte-ciel biscornus, pyramide, musée à sa gloire et bizarreries architecturales censées incarner la réussite kazakhe.

Porteur depuis 2010 du titre de chef de la Nation, qui lui confère à vie le pouvoir de décider des grandes orientations politiques du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbaïev figure également dans la Constitution comme coauteur de l'hymne national.

L'absence de démocratie est cependant régulièrement dénoncé par les ONG. Plusieurs opposants sont morts dans des circonstances troubles, d'autres ont été emprisonnés ou contraints à l'exil alors que des médias d'opposition ont été interdits ces dernières années, accusés d'"extrémisme".

Depuis la répression dans le sang d'une émeute d'ouvriers du secteur pétrolier à Janaozen (ouest), qui a fait 14 morts en 2011, les poursuites contre l'opposition n'ont fait que s'accroître.

Malgré une indéniable popularité, le président Nazarbaïev n'a ainsi jamais organisé d'élections libres, assure l'OSCE.

Sa réputation a par ailleurs été ternie au début des années 2000 par un scandale de corruption pour l'attribution de concessions pétrolières. Conséquence d'une procédure judiciaire, ce "Kazakhgate" l'empêchera pendant six ans de se rendre aux Etats-Unis.

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