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27/04/2015 02:47 EDT | Actualisé 27/06/2015 01:12 EDT

Financement des universités : comment s'en tire le Nord ontarien?

Dans son budget déposé jeudi dernier, le gouvernement ontarien s'engage à ne pas réduire le financement accordé à l'éducation postsecondaire. Mais est-ce suffisant? Des universités du Nord se prononcent sur la question, alors que s'amorcent prochainement des consultations provinciales sur le sujet.

Un texte de Daniel Blanchette Pelletier

L'Université Nipissing à North Bay a fait les manchettes pour un déficit de 12 millions de dollars dans son budget 2014-2015. L'administration a décidé de sabrer ce qui représente 70 % de ses dépenses, soit le personnel. Un total de 54 professeurs et employés administratifs et de soutien ont été licenciés.

L'administration a préféré ne pas se prononcer sur l'enjeu du financement, même si cet exemple montre les difficultés financières des universités qui dépendent principalement de deux sources de financement : les droits de scolarité et les subventions gouvernementales (qui varient selon le taux d'inscription).

« Les universités du sud qui dépendent moins des subventions gouvernementales ont une plus grosse augmentation de revenus parce qu'une partie plus importante de leur financement vient des droits de scolarité, qui peuvent être indexés de 3 % par année, explique d'entrée de jeu le recteur de l'Université Laurentienne à Sudbury, Dominic Giroux. L'avantage des universités du Nord, c'est que, historiquement, nous avons un financement plus stable de la province, sauf qu'en période d'austérité, ce financement-là n'est pas indexé. »

L'Université Laurentienne reçoit, par exemple, du financement spécial en tant qu'université du nord et comme université bilingue. Le seul moyen d'obtenir du financement additionnel est donc de recruter plus étudiants, « même si seulement une infime portion du financement provincial évolue avec le nombre d'étudiants », rappelle Dominic Giroux. 

« À cela s'ajoute la conjoncture démographique du Nord où la population d'âge universitaire est en diminution », poursuit le recteur. 

Les étudiants paient plus, mais pas le gouvernement?

C'est en Ontario que le financement accordé par étudiant par le gouvernement est le plus faible au Canada, alors qu'il s'agit de la province où les étudiants paient les frais de scolarité les plus élevés. « Le financement par étudiant à l'Université Laurentienne, dévolu par la province, est en chute chaque année depuis 2008 et c'est le cas pour toutes les universités en Ontario », explique Dominic Giroux. 

L'impact de la réforme de l'enseignement

En apportant des changements majeurs au programme d'enseignement en Ontario, la province prive également certaines universités d'une part importante de leur financement. À compter de septembre, la durée du programme passe de un à deux ans et les admissions sont réduites de moitié, à 4500. Le financement par étudiant a aussi été réduit, puisqu'il était « élevé comparativement à d'autres programmes universitaires », explique la province. 

Ces mesures ont nui à l'Université Nipissing et à l'Université Lakehead, à Thunder Bay. 

En comparaison, l'Université Laurentienne se porte bien financièrement.

À Hearst, aussi, l'Université garde la tête hors de l'eau, mais ce n'est pas sans faire des choix difficiles pour équilibrer son budget. « Souvent, c'est en réduisant le choix de cours, en choisissant de ne pas remplacer un professeur, ce qui peut effectivement nuire à l'offre de cours », reconnaît le recteur Pierre Ouellette. 

« La plupart des petites universités dépendent des subventions spéciales, ajoute Pierre Ouellette. Ces subventions-là sont cependant fixées à un montant et ne sont pas indexées. Ça veut dire qu'une subvention de 2004, dix ans plus tard, perd jusqu'à 20 % de sa valeur. »

L'Université Algoma, à Sault-Sainte-Marie, n'était pas à l'aise de commenter la situation financière des universités, qui varie d'un établissement à l'autre.

Réformer le financement des universités

Le gouvernement ontarien a annoncé le mois dernier qu'il amorcerait prochainement une série de consultations pour transformer l'éducation. L'ancienne sous-ministre Sue Herbert dirigera les travaux, centrés sur la viabilité et la pérennité financière du secteur postsecondaire. « Je suis convaincue que ce travail conduira à la conception d'un modèle de financement moderne des universités et des résultats positifs pour la population étudiante », a-t-elle déclarée. 

Les consultations devaient commencer ce printemps, même si le ministère de la Formation et des Collèges et Universités est incapable de confirmer une date. Des étudiants, des professeurs, des universités et d'autres associations professionnelles participeront au processus.

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