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27/04/2015 07:04 EDT | Actualisé 27/06/2015 01:12 EDT

Des SS au goulag, pour un vétéran nationaliste, un seul leitmotiv: l'indépendance de l'Ukraine

Né dans une partie de l'Ukraine alors sous autorité polonaise, membre un temps des SS nazis, puis prisonnier de goulag dans le grand Nord russe, Oles Goumeniouk explique les controverses et aléas de sa vie, du haut de ses 90 ans, par un seul leitmotiv: l'indépendance de l'Ukraine.

Né en 1925 dans la région d'Ivano-Frankivsk, alors partie de la Pologne, Oles se définit comme un ancien combattant de l'Armée insurrectionnelle d'Ukraine (UPA). Cette armée de nationalistes ukrainiens qui a agit principalement dans l'Ouest de l'Ukraine dès sa fondation en 1942 jusqu'au milieu des années 1950, fait encore aujourd'hui l'objet de nombreuses controverses. Et résume au fond le rapport ambigu que l'Ukraine entretien avec son Histoire, compliquée, au XXe siècle.

Le Parlement ukrainien a encore versé de l'huile sur le feu en avril en accordant à ses membres le statut de "combattants pour l'indépendance de l'Ukraine".

Glorifiés dans l'Ouest comme des héros de l'indépendance, ces nationalistes sont honnis dans l'est du pays et en Russie qui les considère comme des collaborateurs nazis.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, une partie d'entre eux ont en effet tout d'abord salué l'invasion allemande, synonyme à leurs yeux de libération des Soviétiques.

Les historiens accusent les combattants nationalistes d'avoir alors été d'actifs collaborateurs du régime nazi et d'avoir organisé des opérations de nettoyage ethnique, notamment contre les Polonais. Mais l'UPA s'est ensuite retournée contre les nazis, et a combattu à la fois les Allemands et l'Armée Rouge.

Alors que l'est de l'Ukraine est le théâtre d'un conflit armé opposant l'armée et les rebelles prorusses et qui a fait plus de 6.000 morts en un an, la décision du Parlement, qui a également adopté des lois interdisant toute "propagande communiste et nazie" et les symboles de ces idéologies, a ravivé les tensions.

- Division SS "Galicie" -

Pour Oles, cette nouvelle reconnaissance arrive surtout bien tard, peu d'anciens combattants de l'UPA étant encore en vie. "On est des guerriers, des combattants, des patriotes, des gens fiers et on n'a jamais demandé la compassion de notre ennemi", lance cet homme moustachu, débordant d'énergie malgré son grand âge.

"Mais cela reste un évènement très important pour nos descendants, pour que nos enfants, nos petits-enfants ne puissent jamais dire qu'on était des bandits", ajoute-t-il, depuis son appartement à Lviv où sont accrochés côte à côte des portraits de Stepan Bandera et de Roman Choukhevytch, deux leaders nationalistes.

Le vieil homme ne cache en rien son implication dans le régime nazi. Dès 1943, à 18 ans, il s'engage auprès des nazis et intègre ensuite la division SS "Galicie", une branche composée d'Ukrainiens.

"On y est allé pour s'entraîner. Mais on savait déjà à ce moment là que l'Allemagne allait perdre. On le savait dès la bataille de Stalingrad", une grande défaite de l'armée allemande, dit-il, justifiant sa décision.

Il souhaitait apprendre les tactiques de la guerre, afin de repousser plus tard les forces soviétiques dans les rangs de l'UPA, assure Oles.

Dans le cadre du pacte Molotov-Ribbentrop conclu avec l'Allemagne nazie, l'URSS a envahi en 1939 la partie orientale de la Pologne, dont les régions occidentales ukrainiennes faisaient alors partie, avant de se retirer deux ans plus tard face à l'avancée des troupes allemandes.

Lorsque les Soviétiques sont "arrivés, on croyait vraiment que nos frères étaient venus nous libérer de la Pologne", se souvient Oles.

Mais les répressions soviétiques qui ont débuté aussitôt contre des centaines de milliers de résidents locaux ont vite changé les esprits. Or "quand les Allemands sont arrivés, on a aussi vu en eux des libérateurs", dit Oles.

Beaucoup d'Ukrainiens de l'Ouest se rappelaient aussi de l'époque, avant l'occupation polonaise, où cette région faisait partie de l'Empire austro-hongrois, plus favorable aux aspirations nationales ukrainiennes, ajoute-il.

En septembre 1945, Oles est blessé dans des combats et livré aux forces soviétiques. Il est condamné à 15 ans de camp à Norilsk, une région du grand Nord russe. Il est cependant libéré en 1956, grâce au "dégel" de Khrouchtchev.

Pour la plupart des habitants de l'Ouest de l'Ukraine, la nouvelle loi, qui doit encore être promulguée par le président Petro Porochenko, ne fait que rendre "justice" aux "gens qui se sont battus pour un état ukrainien démocratique (...) et sont morts pour cet état", résume le chercheur Igor Derevianïi à Lviv.

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