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27/04/2015 02:50 EDT | Actualisé 27/06/2015 01:12 EDT

A l'Expo de Milan, Slow Food prête à crier dans le désert

Aux yeux du mouvement écolo-gastronomique Slow Food, l'Exposition universelle de Milan s'annonce davantage comme une "foire agro-alimentaire" que comme un lieu où débattre de la faim dans le monde, mais du moins offrira-t-elle une belle tribune à ses idées, espère son fondateur Carlo Petrini.

Slow Food, né dans les années 80 en résistance au concept de fast food, est devenu en quelques années un influent mouvement de défense d'une agriculture écologique et équitable. Sa présence à Milan tranche donc dans une Expo largement sponsorisée par les géants du secteur et pensée en premier lieu comme vecteur de tourisme de masse pour l'Italie.

Lorsque Milan dans les années 2000 s'était portée candidate pour l'Expo-2015 sur le thème "Nourrir la planète, énergie pour la vie", M. Petrini, 65 ans, figure respectée de la vie publique italienne, avait été invité à participer aux réflexions sur l'organisation de l'événement. A quelques jours de son inauguration, il admet avec franchise que sa contribution a été "marginale".

Loin d'en faire une grande "agora des idées" comme il l'appelait de ses voeux, les organisateurs se sont "concentrés sur la réalisation du site, la participation des pays, des sponsors, en mettant l'accent sur le tourisme plutôt que sur les agriculteurs", explique-t-il à l'AFP à Pollenzo, village proche de Turin qui accueille l'Université de Sciences gastronomiques de Slow Food.

"J'en suis désolé car c'était l'occasion de rénover la garde-robe de l'Expo. Au XXIè siècle, elle devrait consister en plus d'idées et moins de foire", juge-t-il.

"Si je parle de l'avenir de l'alimentation, je ne peux me baser que sur les touristes ou sur les citadins, il faut parler avec les agriculteurs, les pêcheurs, les éleveurs. Et pas seulement des Italiens mais aussi des Africains, des Latino-Américains. Il n'y en a pas à l'Expo", explique-t-il.

- 'Les chaises vides sont inutiles' -

Selon lui, l'Expo s'ouvrira sur "deux grandes contradictions, qui impliquent la conscience de tous: d'une part, des milliers d'Africains meurent en Méditerranée en quête d'un droit à la dignité, à la nourriture, fuyant la guerre et la malnutrition", souligne-t-il, quelques jours après une série de naufrages meurtriers de migrants cherchant à gagner les côtes de l'Italie.

"D'autre part, des élevages, des implantations agricoles disparaissent en Italie et en Europe parce que le traité de libre-échange intercontinental permet à des produits non européens d'entrer sur le marché sans règles et de détruire le travail de nos communautés agricoles. C'est un autre élément dont il fallait parler à l'Expo !", estime-t-il.

"La plus grande honte de ce siècle est qu'il y ait encore 3 millions de morts de faim dans le monde et 850 millions de malnutris. Ca ne concerne pas que l'Italie mais tout l'Occident", lance-t-il.

Dans ces circonstances, n'aurait-il pas été préférable pour Slow Food de tourner le dos à l'Expo ? M. Petrini ne le pense pas: "Nous avons décidé d'y être malgré tout. Un vieux paysan marocain m'a dit +Les chaises vides sont inutiles+", explique-t-il dans un sourire.

Slow Food défendra donc la biodiversité dans son petit pavillon, et, pour pallier la pauvreté supposée du débat, elle a décidé de convier début octobre (3-6) à Milan des milliers de jeunes agriculteurs, artisans et pêcheurs de son réseau mondial Terra Madre, afin qu'ils viennent témoigner auprès des visiteurs et des exposants.

"Terra Madre donnera de l'âme à l'Expo. Tous les délégués auront moins de 40 ans, donc ce sont eux qui garantiront la nourriture sur la planète dans les années à venir. Ce sont eux les protagonistes", assure M. Petrini. Pour contenir la facture et les problèmes logistiques, leur voyage sera financé par crowdfunding et les Milanais invités à leur ouvrir leurs logis.

ahe/ob/JH

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