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26/04/2015 10:53 EDT | Actualisé 26/06/2015 01:12 EDT

Obama reçoit Abe, une zone de libre-échange en ligne de mire

Barack Obama reçoit mardi en grande pompe Shinzo Abe avec l'espoir de se rapprocher d'un accord de libre-échange avec l'Asie-Pacifique, mais aussi la volonté de voir le Japon jouer un rôle plus affirmé sur la scène internationale.

Pour le président américain, l'aboutissement de ce dossier est crucial s'il veut convaincre que le "rééquilibrage" diplomatique de son pays vers cette région du monde, pièce maîtresse de sa politique étrangère, n'est pas qu'une formule.

Le défi est double: surmonter les points de blocage qui demeurent avec Tokyo, mais aussi convaincre chez lui, où, dans son propre camp, certains redoutent l'impact sur l'emploi d'une telle initiative, soutenue par les républicains, traditionnellement plus favorables au libre-échange.

L'exécutif américain assure qu'il ne faut pas s'attendre à une annonce spectaculaire lors la visite, mais espère enregistrer des progrès significatifs sur ce partenariat trans-Pacifique (TPP), qui rassemblerait 12 pays, à l'exception notable de la Chine, et représenterait 40% du PIB mondial.

Pour Douglas Paal, vice-président de la Fondation Carnegie, un accord sur ce sujet est "vital" pour l'administration Obama. "Le rééquilibrage en tant qu'axe politique majeur n'est pas crédible s'il n'a pas une composante économique forte", souligne-t-il.

Après l'annonce attendue lundi de nouvelles lignes directrices pour l'alliance militaire entre Tokyo et Washington, la journée de mardi sera toute entière consacrée au Premier ministre japonais: cérémonie d'accueil à la Maison Blanche, rencontre en tête-à-tête dans le Bureau ovale, conférence de presse commune puis dîner de gala avec plus de 300 invités.

Derrière le faste, le message est clair: Evan Medeiros, chargé de l'Asie au sein du Conseil de sécurité nationale, évoque une "visite historique" qui illustrera "la place centrale" qu'occupe la Japon dans la politique asiatique des Etats-Unis.

Dans une allusion à peine voilée à la superpuissance chinoise, Susan Rice, conseillère à la sécurité nationale de M. Obama, a souligné vendredi combien un accord sur le TPP permettrait de réaffirmer "l'engagement de l'Amérique envers cette région et les alliances nouées depuis des décennies".

Les disputes entre Pékin et Tokyo ne sont pas éteintes, tant s'en faut, à propos d'un chapelet d'îlots de mer de Chine orientale, les Senkaku, qu'administre le Japon mais que la Chine revendique sous l'appellation Diaoyu.

- "Partenaire de poids" -

Et Mme Rice de mettre également en avant les avantages de l'accord commercial pour l'économie américaine, en réponse aux vives critiques dont il fait l'objet, en particulier dans le milieu syndical.

"D'ici 2030, deux tiers de la classe moyenne du monde vivra en Asie. Pour soutenir la croissance américaine, nous devons être présents sur ces marchés", a-t-elle souligné, insistant sur la nécessité de "faire tomber les barrières au commerce à travers la dynamique région Asie Pacifique".

"Nous avons encore du travail à faire," souligne cependant Caroline Atkinson, conseillère de M. Obama sur les affaires internationales, précisant qu'il ne fallait pas s'attendre à "l'annonce d'un accord final" cette semaine.

La visite au Japon de M. Obama en avril 2014 avait déjà marqué cette volonté de coopération renforcée entre les deux pays. Mais elle s'était conclue sur un goût d'inachevé, le président américain demandant avec force à Tokyo des "mesures courageuses" et déplorant que l'accès au marché de certains secteurs de l'économie japonaise - agriculture et automobile en tête - reste très largement fermé.

La tonalité devrait, cette fois-ci, être plus positive.

Au-delà du dossier TPP, l'archipel nippon occupe aujourd'hui aux yeux de Washington une place plus importante qu'il y a quelques années "dans la réflexion sur les moyens de répondre aux défis auxquels le monde est confronté", estime James Schoff de la fondation Carnegie.

"M. Obama voit de plus en plus le Japon comme un partenaire de poids et ce sera l'un des messages forts de cette visite", estime-t-il.

Le discours de M. Abe mercredi devant le Congrès réuni au grand complet - une première pour un Premier ministre japonais - devrait encore contribuer à renforcer cette impression.

jca/gde