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26/04/2015 08:12 EDT | Actualisé 26/06/2015 01:12 EDT

Les Chypriotes-turcs élisent leur nouveau dirigeant

La République turque autoproclamée de Chypre-Nord (RTCN) vote dimanche pour élire son "président", qui sera chargé de conduire la relance des pourparlers de paix avec les Chypriotes-grecs plus de 40 ans après la partition de l'île méditerranéenne.

Pour ce second tour, où s'affrontent le "président" sortant, le nationaliste Dervis Eroglu et Mustafa Akinci (centre-gauche), les bureaux de vote ont ouvert à 08H00 (05H00 GMT). Ils doivent fermer dix heures plus tard.

Environ 176.000 inscrits sont appelés à voter dans ce petit bout de territoire non reconnu par la communauté internationale, qui occupe le tiers nord de Chypre.

"Pour notre futur, pour le futur de l'île, il est important de voter", explique, dans un bureau de vote de Nicosie, Arman Anik, 38 ans. "Nous entrons dans une période critique, et il est important de donner le poste à la bonne personne".

Dervis Eroglu, arrivé en tête au premier tour le 19 avril, est cependant donné perdant par la majorité des sondages face au vétéran de la politique chypriote-turque, Mustafa Akinci. Cet ancien maire de la partie nord (occupée) de la capitale Nicosie, coupée en deux depuis 1974, a travaillé de longues années avec son homologue chypriote-grec notamment dans la mise en oeuvre d'un plan d'urbanisme pour la vieille ville de Nicosie.

M. Akinci, qui a pris comme symbole une branche d'olivier, "symbole de la paix", a déclaré après avoir voté à Nicosie qu'il y avait eu des "développements indésirables" dans la campagne.

L'entourage de Dervis Ergolu, 77 ans, a accusé notamment M. Akinci de vouloir ôter un gigantesque drapeau chypriote-turc peint à flanc de montagne face à Nicosie.

Et les organisateurs du scrutin ont annoncé une enquête sur des allégations selon lesquelles 50 bulletins de vote avaient disparus d'un bureau à Famagouste.

- 'Ils n'ont rien fait' -

Chypre est divisée depuis l'invasion en 1974 de son tiers nord par la Turquie en réaction à un coup d'Etat nationaliste visant à rattacher l'île à la Grèce. La RTCN, créée en 1983 et sous le coup de sanctions internationales, est uniquement reconnue par Ankara, qui contribue à un tiers de son budget, et finance l'immense majorité de ses infrastructures.

Le futur dirigeant sera chargé de décider de la stratégie à adopter dans les négociations avec ses homologues chypriotes grecs sur la réunification de Chypre, sous l'égide de l'ONU.

En 2010, les Nations unies avaient fait part de leurs craintes de voir les pourparlers caler si M. Eroglu devenait "président", mais cette année, aucun commentaire n'a été fait.

L'ONU a annoncé début avril la reprise de ces pourparlers, à l'arrêt depuis des mois, une fois connu le nom du représentant chypriote-turc.

La mission des Nations unies déployée à Chypre où elle surveille la zone tampon divisant l'île et sa capitale est l'une des plus anciennes opérations de maintien de la paix en cours.

Les pourparlers pour réunifier le pays traînent depuis des années sans enregistrer de véritable percée sur les principaux sujets -le partage du pouvoir, le sort des propriétés spoliées et les ajustements territoriaux.

Sans solution, la RTCN ne pourra sortir de l'isolement diplomatique et économique auquel elle est cantonnée, et la plupart des électeurs en étaient très conscients dimanche.

"Nous sommes stressés. Il y a des problèmes économiques, et le respect entre nous est en train de baisser", explique Nazife Kunt, 65 ans.

Les Etats-Unis et la Turquie ont espéré la semaine dernière que 2015 soit la dernière année de partition de Chypre, mais les électeurs étaient plus circonspects.

"Les gens que nous avons élus dans le passé nous avaient fait espérer, puis ils n'ont rien fait", lâche, amer, Ugur Barani.

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