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26/04/2015 16:04 EDT | Actualisé 26/06/2015 01:12 EDT

Les Chypriotes-turcs élisent le candidat de centre-gauche à la "présidence"

Les habitants de la République turque de Chypre-Nord, autoproclamée, ont élu dimanche à la "présidence" Mustafa Akinci (centre-gauche), dont la tâche principale sera de relancer des pourparlers de paix avec les Chypriotes-grecs plus de 40 ans après la partition de l'île méditerranéenne.

M. Akinci, homme politique expérimenté considéré comme favorable à une réconciliation avec la partie chypriote-grecque (sud), a été élu avec 60,50% des voix face à son rival, le président nationaliste sortant Dervis Eroglu.

"Quand le temps est venu pour le changement, aucun pouvoir ne peut l'arrêter", a déclaré après l'annonce des résultats M. Akinci, 67 ans.

Des centaines de personnes se sont rassemblées sur une place de Nicosie pour fêter la victoire de cet ancien maire de la partie nord de la dernière capitale européenne à être divisée.

Quelque 64% des 176.000 inscrits ont participé au scrutin dans ce petit bout de territoire non reconnu par la communauté internationale, qui occupe le tiers nord de Chypre.

Nicos Anastasiades, le président de la République de Chypre, dont l'autorité ne s'étend que sur la partie sud de l'île, a dans un tweet salué la victoire de M. Akinci, un choix "prometteur pour le développement de notre patrie commune".

Les deux hommes se sont ensuite parlé au téléphone, faisant part de leur "désir d'une véritable réunification" du pays, selon un second tweet de M. Anastasiades.

MM. Akinci et Anastasiades devraient se rencontrer très rapidement à l'occasion de la reprise des pourparlers de paix, attendue pour mai.

Le "président" de la République turque de Chypre-Nord (RTCN) a pour principale mission de mener ses négociations visant à réunifier l'île, la gestion des affaires internes étant à la charge du gouvernement.

Le mandat de M. Eroglu avait été marqué par deux retraits de la table de négociations, la première fois en 2012 lorsque les Chypriotes-turcs ont rompu le dialogue en réaction à la prise par Chypre de la présidence tournante de l'Union européenne, la seconde en 2014, lorsque les Chypriotes-grecs sont partis après l'envoi par la Turquie d'un navire sismique dans leur zone économique exclusive (ZEE).

Chypre est divisée depuis l'invasion en 1974 de son tiers nord par la Turquie en réaction à un coup d'Etat nationaliste visant à rattacher l'île à la Grèce. La RTCN, créée en 1983 et sous le coup de sanctions internationales, est uniquement reconnue par Ankara, qui contribue à un tiers de son budget, et finance l'immense majorité de ses infrastructures.

- Espoirs -

M. Akinci devra donc ménager la Turquie, mais beaucoup espèrent qu'il parviendra à une solution après plus de 40 ans d'efforts infructueux, ayant été un fervent partisan de la coopération bi-communautaire lors de ses 14 années comme maire de la partie nord (occupée) de Nicosie.

Les pourparlers pour réunifier le pays traînent depuis des années sans enregistrer de véritable percée sur les principaux sujets -le partage du pouvoir, le sort des propriétés spoliées et les ajustements territoriaux.

L'envoyé spécial de l'ONU Espen Barth Eide a téléphoné au vainqueur de l'élection et "salué son engagement à reprendre des négociations dès que possible".

La campagne a cependant suscité moins d'enthousiasme que lors du précédent scrutin, en 2010, où 75% des électeurs s'étaient déplacés.

"Pour notre futur, pour le futur de l'île, il est important de voter", expliquait cependant, optimiste Arman Anik, 38 ans, dans un bureau de vote de Nicosie. "Nous entrons dans une période critique, et il est important de donner le poste à la bonne personne".

L'entre deux tours a pourtant été marqué par ce que M. Akinci a qualifié de "développements indésirables".

L'entourage de Dervis Eroglu, 77 ans, a accusé notamment M. Akinci de vouloir ôter un gigantesque drapeau chypriote-turc peint à flanc de montagne face à Nicosie, et les organisateurs du scrutin ont annoncé une enquête sur des allégations selon lesquelles 50 bulletins de vote avaient disparu d'un bureau à Famagouste.

Les Etats-Unis et la Turquie ont espéré la semaine dernière que 2015 soit la dernière année de partition de Chypre, mais certains électeurs étaient plus circonspects.

"Les gens que nous avons élus dans le passé nous avaient fait espérer, puis ils n'ont rien fait", a lâché, amer, Ugur Barani.

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