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26/04/2015 09:03 EDT | Actualisé 26/06/2015 01:12 EDT

Législatives au Bénin: un test de popularité pour le président Boni Yayi

Les Béninois se rendent aux urnes dimanche pour des législatives vécues comme un "galop d'essai" en vue de la présidentielle de 2016, pour le camp du président Thomas Boni Yayi comme pour celui de l'opposition, éclatée et peu structurée.

Au total, 4,4 millions d'électeurs sont inscrits et 83 sièges de députés sont à pourvoir, lors d'un scrutin dont la société civile craint qu'il puisse être marqué par des fraudes, notamment à cause de cafouillages dans la distribution des cartes d'électeurs.

Dans ce petit pays ouest-africain de 10 millions d'habitants, la campagne électorale a été monopolisée par un débat qui déchire la classe politique béninoise depuis des mois sur une possible modification de la Constitution.

Quelques mois après la tentative de révision de la Constitution du président burkinabé Blaise Compaoré, qui a finalement causé sa chute, après 27 ans au pouvoir, l'opposition béninoise accuse M. Boni Yayi de vouloir modifier la loi fondamentale pour briguer un troisième mandat.

"Je ne suis pas candidat à ces législatives et je ne suis plus candidat à rien. Mon nom ne figurera plus sur aucun bulletin au Bénin", a promis à la presse M. Boni Yayi, après avoir voté à l'école maternelle publique du quartier Cadjehoun de Cotonou, la capitale économique.

L'ancien président malien par intérim Dioncounda Traoré, émissaire de l'Union Africaine (UA) pour ce scrutin, a dit avoir constaté "beaucoup d'affluence" mais de nombreux retards dans les bureaux de vote visités, qui n'ont pas tous pu ouvrir à 07H00 (06H00 GMT), à cause notamment de retards dans la mise en place du matériel électoral. Les bureaux doivent rester ouverts neuf heures --les premiers devraient donc fermer vers 16H00.

De nombreux Béninois se sont plaint cette semaine de ne pas avoir pu récupérer leur carte d'électeur biométrique dans les centres de distribution et des organisations de la société civile ont dénoncé le retrait de plusieurs cartes par certains.

-'Un carton rouge pour les députés' -

Dans le quartier CG l'Océan, Valentine Amouzou, une sage-femme à la retraite âgée de 66 ans et mère de six enfants, a expliqué s'être déplacée malgré son état de santé, pour "donner un carton rouge à ces anciens députés" et "voter pour un nouveau candidat".

Guy Kodjo, un électricien de 45 ans au chômage depuis cinq ans, affirme voter pour un candidat qui a promis d'encadrer les prix des logements, parce que "le logement coûte trop cher à Cotonou et les propriétaires exagèrent".

Mais selon l'analyste politique Rock Sosthène Nepo, "le débat de fond sur les projets de société est inexistant ou du moins réduit" lors de ces législatives, pour lesquelles la campagne a pris "des allures de référendum (...) sur la révision ou non de la Constitution".

M. Boni Yayi, qui aime à se présenter comme un "Monsieur Propre" de la corruption, a toujours nié avoir l'intention de se présenter en 2016 et soutient vouloir amender la Constitution pour y inscrire notamment l'imprescriptibilité des crimes économiques.

L'opposition, qui accuse le chef de l'État de vouloir en profiter pour supprimer la limitation des mandats présidentiels pour briguer un troisième mandat, refuse qu'il touche à la loi fondamentale.

"Mon souhait est que nous ayons des institutions fortes, crédibles, dirigées par des hommes et femmes de qualité mais qui garantissent l'intérêt général (...), pas des institutions conflictuelles", a déclaré dimanche M. Boni Yayi, pour tenter de convaincre la scène politique de le laisser mener ses réformes avant la fin de son mandat.

"L'enjeu, pour le pouvoir, c'est d'avoir une très large majorité à l'Assemblée nationale, ce qui permettrait au président d'envisager des réformes constitutionnelles et sans doute d'autoriser un troisième mandat", ajoute Gilles Yabi, analyste politique spécialiste de l'Afrique de l'Ouest basé à Dakar.

Le parti présidentiel, Forces Cauris pour un Bénin Émergent (FCBE), détenait la majorité à l'Assemblée nationale jusqu'à récemment. Mais plusieurs députés ont claqué la porte du parti pour rejoindre des formations d'opposition à quelques semaines du scrutin.

Il n'est pas exclu cependant que ceux-ci ou d'autres se rapprochent à nouveau du FCBE, dans un pays où les hommes politiques passent régulièrement d'un parti à l'autre au gré des opportunités du moment, selon les observateurs.

"La scène politique est éclatée et très peu structurée (...) et dominée par les personnalités" au Bénin, explique Gilles Yabi. On assiste donc à des "transhumances politiques" à la veille des élections, "certains candidats, qui s'estiment mal placés sur les listes, n'hésitant pas à changer de camp à la dernière minute".

En tout, une vingtaine de partis présentent des listes lors de ces législatives, dont de nombreux partis et alliances d'opposition.

Les résultats doivent être annoncés par la Cour constitutionnelle sous huit jours.

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