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26/04/2015 01:44 EDT | Actualisé 26/06/2015 01:12 EDT

Le Tennessee renoue avec la "Ligne verte" et retient son souffle

Théâtre du tournage de "La Ligne verte", le Tennessee, qui a renoué avec la chaise électrique, a suspendu toute exécution, en attendant que la Cour suprême des Etats-Unis tranche sur l'avenir de l'injection létale.

Dans son vieux pénitencier d'Etat, à Nashville, avait été tourné le célèbre film "la Ligne verte" avec Tom Hanks en bourreau et Michael Clarke Duncan en condamné à mort électrocuté.

Depuis le pénitencier a fermé, remplacé par la "Riverbend Maximum Security Institution" où 69 condamnés à mort sont enfermés à ce jour. Mais la chaise électrique y a été réinstallée l'an dernier pour faire face à la pénurie de produits d'injection létale dans tout le pays.

La législation autorise "l'usage de l'électrocution pour les exécutions si les ingrédients requis pour l'exécution par injection létale ne sont pas disponibles(...) ou si l'injection létale est jugée anticonstitutionnelle par une juridiction compétente".

"La nouvelle loi du Tennessee qui autorise l'électrocution d'un prisonnier s'il n'est pas volontaire est un énorme retour en arrière", a déclaré à l'AFP Kelley Henry, l'avocate de la majorité des condamnés à mort de l'Etat.

Deux Etats, le Nebraska et la Géorgie, ont déclaré la chaise électrique anticonstitutionnelle, a précisé l'avocate qui vient d'engager des poursuites pour obtenir son illégalité au Tennessee, au regard du 8e Amendement de la Constitution.

"Nous sommes prêts à prouver que le protocole d'électrocution du Tennessee est cruel et inhabituel car il (prévoit) littéralement de cuire les organes internes du prisonnier en lui causant une souffrance disproportionnée", a-t-elle expliqué.

Même s'il n'a exécuté que six condamnés depuis 1976, la dernière fois en 2009, le Tennessee est le troisième Etat à avoir rétabli une vieille méthode d'exécution pour remplacer l'injection létale que la Cour suprême s'apprête à examiner mercredi et peut-être à déclarer anticonstitutionnelle.

L'Utah a récemment adopté le peloton d'exécution et l'Oklahoma l'inhalation d'azote pour les mêmes raisons.

"C'est vraiment le symptôme de tout un système qui s'écroule, une tentative de réparer un système qui ne peut pas l'être", estime Stacy Rector, directrice de l'organisation abolitionniste "Tennesseans for Alternatives to the Death Penalty".

Mais "le Tennessee n'est pas près d'exécuter quiconque ni par électrocution ni par injection létale", a souligné Deborah Denno, experte de la Fordham University Law School.

- Dix exécutions arrêtées -

Car le Tennessee fait partie des Etats qui ont suspendu toutes leurs exécutions dans l'attente d'une décision de la Cour suprême sur l'injection létale, a-t-elle ajouté. "Donc la Cour suprême a déjà un effet sur les Etats, même si elle n'a pas encore rendu sa décision", estime-t-elle.

"De manière un peu surprenante", le 10 avril, la plus haute Cour du Tennessee a arrêté toutes les exécutions programmées jusqu'en mars 2016, celles de dix prisonniers, dans l'attente d'un jugement sur le protocole de l'injection létale au pentobarbitol de l'Etat, probablement cet été.

"Notre protocole d'injection létale est différent de celui de l'Oklahoma", examiné par la plus haute Cour du pays, mais comme bien d'autres Etats, le Tennessee n'arrivait plus à s'approvisionner en barbiturique, explique à l'AFP la révérend Stacy Rector.

Alors "la Cour suprême du Tennessee a voulu attendre de voir ce que ferait la Cour suprême des Etats-Unis", a ajouté cette pasteur presbytérienne qui accompagne les condamnés dans le couloir de la mort. "Cela donne à chacun un bol d'air pour continuer à creuser les dossiers juridiques".

chv/jh