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26/04/2015 00:15 EDT | Actualisé 25/06/2015 01:12 EDT

Le Pakistan organise son marché halal et rêve d'inonder les pays du Golfe

Sur le comptoir, près de la caisse, les petits bonbons de gelée fruitée ont disparu. Sur les étagères, ce sont des sachets de soupe de poulet qui ont été retirés. Au Pakistan, la révolution "halal" est en marche pour purger les épiceries de produits importés "douteux" et relancer les exportations vers les riches pays du Golfe.

Le gouvernement a publié en début d'année une liste d'une vingtaine de produits alimentaires importés non "halal", donc pas "licites" pour un musulman. Le diable est dans les détails, dit l'adage, et il faut y regarder de près ces jours-ci dans les supermarchés, supérettes et bazars pour déceler des changements...

Dans ce pays musulman de près de 200 millions d'habitants comptant environ 2% de chrétiens, les épiceries ne vendaient déjà pas de porc ou d'alcool, hormis quelques exceptions pour les étrangers et les chrétiens adeptes de libations nocturnes. Mais ce sont désormais des produits dérivés qui sont visés.

Exit donc les "Pop-Tarts", ces toasts sucrés américains, le "Jell-O", dessert gélatineux, les bonbons fruités "Skittles" et différentes marques de soupe de poulet importées d'Europe. Car ces produits contiennent soit du vin, soit de la gélatine potentiellement extraite du porc. Le poulet de la soupe a lui peut-être été "étourdi" avant d'être tué, ce qui est contraire au rite d'abattage tiré du Coran.

"On a entendu parler de ces nouvelles règles et on n'a pas pris de risque", souffle un commerçant de la capitale Islamabad. Il a volontairement retiré certains produits importés de ses rayons, car les autorités n'ont pas le mandat pour l'instant de le faire.

D'autres épiciers apposent, eux, des pancartes appelant leurs clients à bien lire les ingrédients des produits importés qu'ils achètent, voire leur recommandent à voix haute devant tous de ne pas consommer des produits pourtant autorisés mais qu'ils disent "haram", impropres à la consommation.

- Le logo Halal, une vache sacrée -

Un projet de loi dont l'AFP a obtenu copie et sur lequel les parlementaires devraient se prononcer au cours des prochains mois propose justement de faire le tri entre le licite et l'illicite, de doter le pays d'inspecteurs et de relancer les exportations agro-alimentaires vers le Golfe en créant une Autorité pakistanaise du Halal.

Si le Pakistan connaît une vague d'islamisation depuis la fin des années 70, il a mis du temps à rattraper la vague du "halal" qui déferle depuis des années déjà chez ses voisins du Golfe. Les autorités pakistanaises évaluent à 700 milliards de dollars ce marché mondial de l'alimentation halal.

"Actuellement, il y a une prise de conscience concernant le halal, les gens veulent connaître la composition des produits, les ingrédients. Auparavant, personne ne se demandait si un produit était halal ou non", explique Mian Ijaz, cadre au ministère pakistanais des Sciences et des Technologies.

Ce ministère pilote le dossier car il dispose de laboratoires pour tester les produits et établir des normes d'hygiène.

"Quiconque importera du poulet d'une source douteuse comme de la Chine... devra avoir obtenu le feu vert de l'autorité du halal", souligne le juge à la retraite Khalil-ur-Rehman Khan, l'un des architectes du projet d'une Autorité fédérale du Halal.

Mais le but premier de cette autorité ne sera pas tant d'enquiquiner les importateurs que de développer les exportations, comme celles de viande, pour l'instant limitées.

Le pays est géographiquement très bien situé pour y parvenir, au carrefour de l'Asie centrale et du Golfe, où la demande pour le "halal" a explosé au cours de la dernière décennie.

- 'Besoin d'une stratégie de la marque' -

"Le Pakistan a tous ces marchés à sa portée et en terme de respect de la charia (loi islamique) sa crédibilité ne fait pas de doute. Nous devons donc seulement nous assurer de la qualité des produits exportés", souligne M. Khan.

Pour conquérir le marché halal, la crédibilité de l'étiquetage "Pakistan halal" sera en effet primordiale. Les consommateurs étrangers devront être convaincus de la qualité des produits, de l'authenticité du logo et du fait que les tests n'ont pas été bâclés.

"Les dix plus grands exportateurs (de produits halal) au Moyen-Orient ne sont pas des pays musulmans. Ce sont des pays comme l'Australie, la Nouvelle-Zélande, la France, la Thaïlande...", relève Zubair Mughal, patron de la société de certification Halal Research Council.

"Le Pakistan est un pays à 99% musulman et tout ce que nous produisons est halal, mais nous avons maintenant besoin d'une stratégie de la marque halal", souligne-t-il.

Selon le projet de loi, tous les produits alimentaires exportés devront être testés par des bureaux de certification accrédités auprès de l'Agence nationale du Halal. Une façon aussi de couper l'herbe sous le pied d'imams qui s'autoproclament vérificateurs halal, un commerce parallèle rentable.

Une brigade d'inspecteurs doit être mise sur pied pour s'assurer que personne ne produise de faux logos "halal", n'exporte des produits halal sans autorisation ou ne vende de produits non conformes à la loi. La peine encourue: jusqu'à 5.000 dollars d'amende et six mois de prison...

gl/ak