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26/04/2015 06:49 EDT | Actualisé 26/06/2015 01:12 EDT

La défense entre en action au procès de Boston, avec une des meilleures avocates anti-peine de mort

La défense entre en action lundi au procès des attentats de Boston, où une des meilleures spécialistes de la peine de mort aux Etats-Unis, Judy Clarke, va tout tenter pour l'éviter à l'accusé de 21 ans.

Après une déclaration d'ouverture, elle commencera à présenter ses témoins, dans cette deuxième partie du procès destinée à fixer la peine de Djokhar Tsarnaev, reconnu coupable des 30 chefs d'accusation retenus contre lui le 8 avril. Les jurés n'ont le choix qu'entre exécution et réclusion à perpétuité.

La défense va plaider les circonstances atténuantes et tout faire pour humaniser le jeune musulman d'origine tchétchène, à l'enfance ballotée du Kirghizistan au Daguestan avant qu'il n'arrive aux Etats-Unis à huit ans. Il était, selon Mme Clarke, sous la coupe de son frère aîné Tamerlan, auto-radicalisé, qui était le cerveau des attentats du marathon.

Si quelqu'un peut éviter au jeune Tsarnaev la peine capitale, c'est cette avocate de 62 ans, infatigable opposante de la peine capitale, anti-star aussi discrète que déterminée.

"C'est sa spécialité", explique Robert Bloom, professeur à la Boston College Law school. "C'est probablement la meilleure avocate pour éviter la peine de mort aux Etats-Unis".

Main de fer dans un gant de velours, elle l'a évitée depuis 20 ans à plusieurs criminels notoires: Susan Smith, une jeune mère ayant noyé ses deux enfants; Theodore Kaczynski, alias "Unabomber", qui avait tué plusieurs personnes en leur envoyant des paquets piégés; Zacharias Moussaoui, le Français condamné en liaison avec les attentats du 11-Septembre; Eric Rudolph, l'auteur de l'attentat d'Atlanta en 1996; Jared Lee Loughner, auteur de la tuerie de Tucson (Arizona) en 2011, dans laquelle une élue du Congrès, Gabrielle Giffords, avait été grièvement blessée.

- Humaniser -

Elle le fait en humanisant des clients qu'elle connaît sur le bout des doigts. Elle raconte leurs souffrances, leur environnement social et familial. Elle n'excuse pas, mais cherche à faire comprendre.

Personne "ne veut être défini par le pire moment ou pire jour de sa vie", avait-elle confié en 2010 au journal de la faculté de droit de l'université Washington and Lee où elle a enseigné.

Modestement habillée, sans maquillage, Judy Clarke ne parle pas aux journalistes.

Mais face aux procureurs, elle ne lâche rien, démontant quand elle le peut pied à pied leurs arguments.

A Boston, l'accusation a ainsi montré une photo extraite d'une caméra de surveillance, où Tsarnaev, en cellule, faisait un doigt d'honneur, trois mois après les attentats. "C'est Djokhar Tsarnaev, insouciant, sans remords, inchangé" avait déclaré la procureure Nadine Pellegrini, y voyant son "message" à l'Amérique.

La défense a obtenu la diffusion d'extraits de la vidéo, replaçant l'image dans son contexte. On voit Tsarnaev se rapprocher de la caméra, se recoiffer en regardant ce qui est probablement son reflet, faire, en l'espace d'une seconde, un V avec deux doigts et un doigt d'honneur avant de s'éloigner. Il attendra quatre heures dans la cellule. Rien ne se passera d'autre. Pour la défense, ce n'était que le geste inconséquent d'un adolescent de 19 ans.

Judith Clarke est entourée à Boston de quatre autres avocats, dont une collègue Miriam Conrad.

Tsarnaev, frêle et pâle, est assis entre les deux femmes. Elles lui parlent régulièrement.

Il n'a montré aucune émotion, même lors des témoignages les plus bouleversants, n'a jamais eu un regard pour ses victimes, dont 17 ont été amputées après les attentats qui avaient fait 3 morts et 264 blessés le 15 avril 2013.

Les jurés devront être unanimes pour imposer la peine de mort. Si un seul juré hésite, il sera condamné à la prison à vie.

Mme Clarke "le sait", dit M. Bloom. Et en reconnaissant dès le début qu'il était coupable, "elle a gardé un lien de confiance avec les jurés".

Selon lui, dans un Etat du Massachusetts où la majorité de la population est contre la peine de mort, même si les 12 jurés se sont dits ouverts à l'idée, Tsarnaev, qui relève de la justice fédérale, devrait y échapper.

Ce qui éviterait aussi qu'il devienne un "martyr", souligne-t-il, estimant que Mme Clarke pourrait aussi explorer ce thème en appelant à la barre un expert en terrorisme.

bd/vog