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26/04/2015 01:42 EDT | Actualisé 26/06/2015 01:12 EDT

L'experte Deborah Denno juge "extraordinaire" que la Cour se penche sur l'injection létale

Deborah Denno, experte des méthodes d'exécution à la Fordham University Law School, a jugé "extraordinaire" que la Cour suprême se penche à nouveau sur l'injection létale, illustrant selon elle les "problèmes" de la peine de mort aux Etats-Unis.

Question: Pourquoi la Cour suprême a-t-elle laissé exécuter un des plaignants avant de se saisir de l'affaire ?

Réponse: C'est une grande surprise qu'elle ait saisi une seconde affaire d'injection létale en sept ans. La dernière a été décidée en 2008. Sept ans, c'est une courte période en justice, c'est une année de chien, c'est très inhabituel. Elle l'a fait (un mois) après avoir refusé de reporter l'exécution d'un des quatre plaignants (Charles Warner). Que la haute Cour se saisisse d'une méthode d'exécution pour la deuxième fois en sept ans, c'est vraiment extraordinaire. De toute évidence, la Cour voit qu'il y a des problèmes, et cela ne semble pas bon pour la peine de mort.

"Baze v. Rees" (en 2008) n'était pas une décision forte, elle était inefficace car la Cour était très divisée (...). C'était un arrêt très éclaté qui ne guide pas les Etats pour adopter leurs protocoles d'exécution.

Et la situation a changé. Maintenant on va pouvoir voir comment la Cour s'y prend avec toutes les conséquences pratiques qui sont survenues, le manque de produits, les exécutions ratées, etc, toutes ces difficultés qui n'existaient pas en 2008.

Q: Quels sont les enjeux aujourd'hui?

R: En général, la Cour suprême aime rester la plus limitée possible. Mais elle a toujours la possibilité de trancher plus largement. Si (les neuf juges) veulent rendre une position sur la constitutionnalité de l'injection létale, ils peuvent le faire en utilisant ce dossier.

La première question qui concerne (les potentielles souffrances infligées par) le midazolam (sans le mentionner explicitement) peut s'appliquer à l'Oklahoma mais aussi à tous les Etats comme la Floride qui ont recours au midazolam. Ceci dit, puisque d'autres Etats commencent à adopter d'autres produits du même type, cela pourrait s'appliquer encore plus largement.

Les deuxième et troisième questions invoquent des critères similaires qui s'appliquent à tous les Etats utilisant l'injection létale.

Et qui sait, ils peuvent aussi parler des autres méthodes d'exécution, car tout apparaît relié. Ce n'est pas très clair, mais cela semble peu probable que la Cour se penche sur la constitutionnalité même des méthodes alternatives.

Q: Quel impact aura le débat de la haute Cour sur le paysage de la peine capitale aux Etats-Unis?

R: La plainte "Glossip v. Oklahoma" a déjà un impact, ainsi que les trois exécutions qui ont mal tourné. On a vu nombre d'Etats qui ont suspendu leurs exécutions en attendant la décision de la Cour suprême. On a trois Etats qui se sont tournés vers de potentielles alternatives à l'injection létale, le Tennessee avec l'électrocution, l'Utah avec le peloton d'exécution et l'Oklahoma qui a adopté l'inhalation d'azote comme plan B, après que la Cour suprême se soit saisie de la plainte. Donc la Cour suprême a déjà un effet sur les Etats, même si elle n'a pas encore rendu sa décision.

chv/jh