NOUVELLES
26/04/2015 00:45 EDT | Actualisé 25/06/2015 01:12 EDT

GB: rigueur prévisible après les élections, quel que soit le vainqueur

Malgré les slogans et effets de manche à deux semaines des élections législatives, conservateurs et travaillistes divergent assez peu sur la politique économique promise aux Britanniques, empreinte de rigueur.

Le Premier ministre sortant, le conservateur David Cameron, l'assure: l'économie britannique a redécollé depuis son arrivée au pouvoir en mai 2010, avec une croissance flatteuse de 2,8% l'an passé et un taux de chômage tombé à 5,6%.

Son principal opposant, le chef des travaillistes Ed Miliband, lui répond: ce rebond n'a profité qu'aux riches, le revenu du travailleur moyen a chuté de 1.600 livres par an (2.200 euros) à cause d'un quasi gel des salaires, et nombre des emplois créés correspondent à de petits boulots mal payés.

Les deux camps s'affrontent sur l'analyse du remède de cheval infligé aux finances britanniques. Sur le plan comptable, le déficit budgétaire a été divisé par deux depuis 2010, lorsqu'il dépassait 10% du produit intérieur brut après les mesures exceptionnelles prises par le Premier ministre travailliste d'alors, Gordon Brown, face à la crise financière internationale.

Les conservateurs et leurs alliés libéraux-démocrates (centre) mettent en avant un rétablissement spectaculaire, tandis que les travaillistes rappellent que M. Cameron et ses amis avaient promis au départ... de parvenir à l'équilibre budgétaire.

Pour l'avenir, les uns et les autres diffèrent sur le rythme à imposer aux maîtrises des dépenses: les Tories de M. Cameron promettent de dégager un excédent dès l'année budgétaire 2018-2019 tandis que le Labour de M. Miliband espère y parvenir "dès que possible lors de la prochaine législature"... soit potentiellement pas avant 2020.

En théorie, les travaillistes pourraient donc être plus dépensiers, relève Samuel Tombs, de l'institut de recherche Capital Economics.

"Mais en pratique, la différence a peu de chance d'être aussi importante", prévient-il. En effet, détaille M. Tombs, les conservateurs désireux de corriger leur image antisociale "ont fait de nombreuses promesses coûteuses, comme augmenter le seuil d'imposition" et aider davantage le service public de santé.

"Dans le même temps, ils ont promis de n'augmenter ni l'impôt sur le revenu, ni les cotisations sociales, ni la taxe sur la valeur ajoutée. Il y aurait donc beaucoup de chances que les conservateurs atténuent leur objectifs" de saine gestion, a-t-il énuméré.

- Incertitudes -

Les travaillistes ont garanti de leur côté que toutes leurs promesses étaient financées, qu'ils ne recourraient pas à des emprunts supplémentaires et que "des décisions difficiles" seraient prises pour diminuer la dette.

"Les travaillistes n'ont pas prévu d'augmenter les dépenses publiques davantage que les conservateurs", a noté l'Institute for Fiscal Studies (IFS), une organisation indépendante spécialisée dans l'analyse des comptes publics, qui regrette de façon générale le flou entretenu par les grands partis dans leurs programmes.

Au risque de réduire leur marge de manoeuvre, aucun de ces deux partis n'a par exemple sorti de son chapeau de proposition majeure pour dégager des fonds nouveaux, chacun se bornant notamment à aller plus loin dans la lutte contre l'évasion fiscale.

Autre fait notable, ni les conservateurs ni les travaillistes ne devraient avoir de majorité absolue à eux seuls, ce qui les poussera à chercher des alliés pour gouverner et à passer des compromis.

Avec l'éparpillement croissant des voix, "le gouvernement britannique va tendre à devenir moins stable et prévisible - et sera doté d'un mandat moins ferme", souligne Ross Walker, économiste à la banque RBS, pour qui les marchés financiers pourraient se réveiller avec une sacrée gueule de bois le 8 mai.

"L'incertitude nuit aux investissements", abonde John Cridland, le directeur général du CBI, la principale organisation patronale du pays.

Sans surprise, le coeur des milieux d'affaires bat plutôt du côté des conservateurs, mais un certain nombre de patrons s'inquiètent toutefois du référendum sur l'appartenance à l'Union européenne (UE) promis par M. Cameron d'ici à 2017 en cas de victoire le 7 mai.

Le CBI appelle ainsi le Royaume-Uni à rester dans une UE "réformée". Les analyses divergent nettement sur le coût qu'entraînerait pour Londres un départ du train européen, mais s'accordent sur le fait que la perspective d'un référendum à l'issue imprévisible ouvrirait une période de flottement.

Un point sur lequel les travaillistes se posent en garant de la stabilité en garantissant un ancrage britannique à l'UE.

pn/dh/plh