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26/04/2015 12:01 EDT | Actualisé 26/06/2015 01:12 EDT

Burundi/violences: les principales radios privées empêchées d'émettre en province (radios)

Les émetteurs relais des trois principales radios indépendantes du Burundi, accusées d'inciter la population "au soulèvement", ont été coupés dimanche par le gouvernement, empêchant la réception des émissions en province, a annoncé à l'AFP le président de l'Association burundaise des radios du Burundi (ABR).

"Depuis ce matin 11H00 (09H00 GMT), les émetteurs relais des radios Bonesha, Isanganiro et RPA ont été coupés sur ordre du gouvernement", a annoncé à l'AFP Patrick Nduwimana, directeur de la Bonesha et président de l'association.

"Depuis, nos radios sont écoutées uniquement dans la capitale; personne ne peut nous capter à l'intérieur du pays", a-t-il poursuivi.

"Le gouvernement dit que nous incitons la population de Bujumbura au soulèvement en rapportant en direct les manifestations" de dimanche, a-t-il ajouté, dénonçant "une violation grave du droit à l'information".

"Le gouvernement dit qu'il va lever la mesure après une réunion qu'on aura ensemble demain (lundi)", a ajouté M. Nduwimana.

Plus tôt dans la matinée, trois ministres burundais - Intérieur, Communication et Sécurité publique - s'étaient rendus dans les locaux de la Radio publique africaine (RPA), surnommée la "Radio des Sans-Voix" avec un mandat de perquisition et de fermeture de la station qu'ils accusaient de favoriser "le mouvement insurrectionnel" par ses émissions en direct sur les manifestations.

Mais le ministre de l'Intérieur Édouard Nduwimana a finalement annoncé avoir décidé de "surseoir au mandat de fermeture", à la suite "d'un dialogue et de discussions avec les autorités de la station qui ont accepté de renoncer à leurs émissions en direct".

Deux manifestants ont été tués par balle dimanche à Bujumbura dans des heurts entre la police et des milliers d'opposants à la candidature pour un troisième mandat du président sortant Pierre Nkurunziza.

Dans plusieurs quartiers de la capitale burundaise, où les forces de sécurité avaient été déployées en masse, des milliers de manifestants se sont rassemblés, bravant une interdiction du gouvernement qui a récemment multiplié les mises en garde contre toute tentative de "soulèvement".

L'opposition et de nombreux pans de la société civile jugent qu'un troisième mandat du président Nkurunziza serait inconstitutionnel et contraire aux accords d'Arusha, qui ont ouvert la voie à la fin de la longue guerre civile burundaise (1993-2006).

M. Nkurunziza a été désigné candidat à la présidentielle du 26 juin lors d'un congrès samedi à Bujumbura de son parti, le Cndd-FDD.

En février, des dizaines de milliers de Burundais étaient descendus dans les rues de la capitale pour accueillir le directeur de la RPA, Bob Rugurika, tout juste libéré de prison.

La RPA est en pointe dans la dénonciation des inégalités sociales, du harcèlement politique ou encore des abus de l'administration et des forces de l'ordre.

Le ministère de l'Intérieur avait alors déjà interdit toute manifestation mais des dizaines de milliers de personnes, du jamais vu de mémoire de nombreux habitants de la capitale, avaient tout de même témoigné leur soutien.

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