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26/04/2015 16:14 EDT | Actualisé 26/06/2015 01:12 EDT

Burundi: l'opposition appelle à redoubler la mobilisation "contre un 3e mandat" du président

L'opposition au Burundi qui entend contrer la candidature annoncée du président burundais Pierre Nkurunziza à un troisième mandat présidentiel, a appelé dimanche à redoubler la mobilisation après une journée d'affrontements avec la police qui ont fait deux morts.

"Nous appellons les habitants de Bujumbura à venir manifester contre le 3e mandat du président Pierre Nkurunziza en plus grand nombre demain (lundi)", a déclaré devant des journalistes Vital Nshimirimana, président du Forum pour le renforcement de la société civile au Burundi, plate-forme d'ONG.

"La campagne contre le 3e mandat appelle également les parents à ne pas envoyer leurs enfants à l'école et les magasins à fermer toute la journée, en signe de solidarité", a-t-il dit, "pour éviter qu'ils ne soient victimes des policiers burundais qui tirent aveuglement sur la foule".

Cet appel à manifester intervient après une journée marquée par des violences aux cours desquelles deux manifestants ont été tués pas balles à Bujumbura, alors qu'ils protestaient contre la candidature du président à un 3e mandat, ont rapporté des témoins.

A la tombée de la nuit, le calme était revenu dans la capitale burundaise.

Dans plusieurs quartiers de la capitale, où les forces de sécurité avaient été déployées en masse, des milliers de manifestants s'étaient réunis dimanche, bravant une interdiction du gouvernement qui a récemment multiplié les mises en garde contre toute tentative de "soulèvement".

Des témoins ont rapporté à l'AFP qu'un manifestant avait été tué par balle dans le quartier de Ngagara et un autre dans celui de Musaga, après que la police a tiré à balles réelles pour disperser la foule.

L'opposition et de nombreux pans de la société civile jugent qu'un troisième mandat du président Nkurunziza serait inconstitutionnel et contraire aux accords d'Arusha, qui ont ouvert la voie à la fin de la longue guerre civile burundaise (1993-2006). La candidature de M. Nkurunziza à la présidentielle du 26 juin "risque de plonger le Burundi dans le chaos", a même lancé samedi l'un des principaux opposants du pays, Agathon Rwasa.

- Eau bleue -

Dimanche, les heurts ont éclaté en plusieurs points de la capitale, les forces de l'ordre faisant également usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau, projetant de l'eau teintée de bleu afin de marquer les manifestants.

"Nous avions appelé à des manifestations pacifiques et c'est ce qui s'est passé mais la police et la milice du parti au pouvoir ont tiré à balles réelles sur les manifestants", a dénoncé le président du parti d'opposition Frodebu Leonce Ngendakumana.

Les médias locaux ont rapporté que plusieurs manifestants avaient été blessés ainsi que des policiers anti-émeutes, touchés par des jets de pierre alors qu'ils tentaient d'empêcher des milliers de protestataires, venus notamment du quartier nord de Cibitoke, de converger vers le centre-ville.

La police a procédé à une dizaine d'arrestations tandis que le ministre de l'Intérieur Edouard Nduwimana dénonçait des "soulèvements organisés à l'appel de certains politiciens et de la société civile".

Dans la matinée, Edouard Nduwimana s'est rendu, avec deux autres ministres, dans les locaux de la Radio publique africaine (RPA), surnommée la "radio des Sans-Voix", pour fermer la station qu'il accuse de favoriser l'insurrection en retransmettant en direct les manifestations. Mais après des discussions, il y a finalement renoncé.

Cependant quelques heures plus tard, le gouvernement coupait les émetteurs relais des trois principales radios indépendantes du Burundi, dont la RPA.

"Le gouvernement dit que nous incitons la population de Bujumbura au soulèvement", a expliqué à l'AFP Patrick Nduwiman, président de l'Association des radios du Burundi, affirmant que depuis la coupure, "nos radios sont écoutées uniquement dans la capitale, personne ne peut nous capter à l'intérieur du pays".

- 'Nous ne céderons pas' -

"Nous ne renoncerons pas, nous ne céderons pas!", avait alors lancé un autre protestataire.

Samedi, sans surprise, le président Nkurunziza avait été désigné par son parti, le Cndd-FDD, candidat à la présidentielle. Ex-chef rebelle, grand sportif de 51 ans et protestant "born again", il est à la tête de l'État depuis 2005, réélu en 2010.

Washington a regretté "une importante occasion manquée" pour la démocratie et a menacé les autorités burundaises de prendre des sanctions si le processus électoral n'était pas régulier.

Pour assurer cette investiture le camp du chef de l'État était allé jusqu'à évincer quelque 130 hauts cadres "frondeurs".

Le Burundi, un des pays les plus pauvres de la planète, qui vit sous perfusion de l'aide internationale, se remet à peine de sa guerre civile.

La population craint désormais une répétition des violences. D'autant que des jeunes du parti au pouvoir, les Imbonerakure, accusés par l'ONU d'être une "milice" et de multiplier les intimidations et exactions à l'approche des élections, n'ont pas caché leur intention d'en découdre si l'on empêchait leur champion, Pierre Nkurunziza, de se représenter.

Plusieurs milliers de Burundais ont d'ailleurs déjà fui au Rwanda voisin, terrorisés par les menaces des jeunes du Cndd-FDD qui, disent-ils, traquent les opposants au président sortant.

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