NOUVELLES
26/04/2015 01:46 EDT | Actualisé 26/06/2015 01:12 EDT

A la recherche de leurs racines, les bébés de l'opération Babylift reviennent au Vietnam

Lors des derniers jours chaotiques de la guerre du Vietnam, 3.000 enfants vietnamiens ont été évacués du pays par les Américains. Quarante ans plus tard, beaucoup d'entre eux reviennent sur les terres de leur naissance à la recherche de leur famille et de leurs racines.

Après cette opération très controversée appelée "Babylift", les enfants ont été adoptés par des familles aux Etats-Unis, au Canada, en Australie ou en Suède.

La sortie du pays de Landon Carnie et sa soeur jumelle Lorie a viré au drame: le 4 avril 1975, les deux enfants étaient à bord du premier vol de Babylift qui s'est écrasé peu après le décollage, faisant 138 morts dont 78 enfants. Les jumeaux ont été retrouvés flottants dans une rizière au milieu des débris fumants de l'avion.

"C'est un riziculteur qui nous a trouvés ma soeur et moi, ensemble dans la même boîte à chaussures", raconte-t-il à l'AFP de retour sur les lieux du drame.

Les jumeaux ont finalement quitté le Vietnam sur un autre vol comme des milliers d'autres enfants Babylift, préalablement recueillis dans des orphelinats ou des hôpitaux du Sud-Vietnam. Ils ont fait partie de l'exode qui a touché le pays à la fin de la guerre.

L'opération Babylift a été fortement critiquée, beaucoup affirmant que tous les enfants n'étaient pas orphelins et que certains avaient simplement été séparés de leurs familles ou abandonnés dans une tentative désespérée des parents pour les faire sortir du pays ravagé par la guerre.

- Adoptés par des Mormons -

Quand la chute de Saïgon s'est révélée inéluctable, les Etats-Unis ont évacué tous les personnels civils et militaires restants. Des centaines de milliers de Vietnamiens, associés au régime du Sud-Vietnam, ont également fui.

Landon Carnie et sa soeur ont été adoptés par une famille mormone et ont grandi dans l'Etat rural de Washington.

Quand Landon a décidé de revenir au Vietnam il y a 15 ans, la première chose qui l'a frappé est sa ressemblance physique avec les gens dans la rue. "Je ne sortais pas du lot, je n'étais pas regardé ou pointé du doigt. Je ne dis pas que cela arrive souvent aux Etats-Unis, mais je viens d'un coin rural et je savais que j'étais différent", explique-t-il.

A Hô Chi Minh-Ville - le nom donné à Saïgon en l'honneur du président fondateur du Vietnam -, "personne ne faisait attention à moi et j'ai vraiment aimé ça", raconte ce professeur d'université qui a choisi depuis dix ans de rester vivre au Vietnam.

Il a appris que sa mère était morte en couches. Mais il ne sait rien de plus de ses origines puisque tous les papiers ont été détruits dans l'accident d'avion. Et n'a pas tenté de rechercher sa famille d'origine, affirmant être en paix avec son passé.

"Je suis à l'aise avec mon identité. Je n'ai pas besoin de poursuivre autre chose", confie ce quadragénaire.

Mais beaucoup d'enfants de Babylift, aujourd'hui adultes, restent hantés par le mystère de leur histoire.

- 'Il y a des choses que j'ai besoin de savoir' -

La quête de Chantal Doeckë, élevée en Australie par des parents adoptifs, a commencé après la naissance de ses propres enfants.

Début avril, de retour à l'hôpital de Ho Chi Minh-Ville où elle est née, elle a de nouveau essayé d'en savoir plus sur sa mère, qui l'a abandonnée peu après l'accouchement. En vain. Le peu de documentation disponible ne lui a pas permis d'en découvrir davantage.

"Je veux juste trouver un membre de ma famille", articule-t-elle avec difficulté en refoulant ses larmes. "Il y a des choses que j'ai besoin de savoir."

Ses recherches lui ont toutefois déjà permis de trouver une autre sorte de famille: d'autres enfants Babylift adoptés. Des rencontres faites grâce à Facebook puis lors d'une réunion au Vietnam en avril pour le 40e anniversaire de la chute de Saïgon.

"Je suis ami avec tant d'adoptés, partout dans le monde, c'est fantastique", raconte-t-elle. "J'aime tous ceux que j'ai pu rencontrer... nous nous appelons frère et soeur entre nous."

Elle confie se sentir particulièrement à l'aise au Vietnam. "L'Australie, c'est là où je vis, mais ici c'est chez moi... beaucoup d'adoptés disent la même chose."

Pendant trois décennies - de la déclaration d'indépendance de Ho Chi Minh en 1945 à la réunification en 1975 - le Vietnam a été en proie aux conflits et aux bouleversements.

Il y a un nombre "innombrable" de personnes disparues au Vietnam, explique Nguyen Pham Thu Uyen, qui anime une émission télévisée à succès appelée "Comme s'il n'y avait pas de séparation", dont le but est de réunir des familles séparées par la guerre.

"Quasiment toutes les familles dans ce pays ont subi une sorte de séparation, avec au moins une personne disparue", explique Uyen.

En huit ans d'existence, l'émission a reçu 70.000 demandes de renseignements: GI's américains à la recherche d'anciennes petites amies, familles vietnamiennes en quête d'un enfant enlevé pendant la guerre... Ce programme télévisé a aidé des milliers de personnes à retrouver leurs proches.

C'est le souhait le plus cher de Chantal Doeckë. "Je n'éprouve aucune rancune contre ma mère ou mon père. C'était la guerre, quels choix avaient-ils? Je souhaite juste trouver quelqu'un de ma famille".

ceb/tib/ak/jh