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23/04/2015 12:31 EDT | Actualisé 23/06/2015 01:12 EDT

Yémen: pas de répit dans les raids, vers un nouveau médiateur à l'ONU

La coalition menée par l'Arabie saoudite a poursuivi à un rythme très soutenu jeudi ses raids au Yémen contre des rebelles chiites toujours défiants, estimant que la menace qu'ils représentent empêche à ce stade l'arrêt total des frappes aériennes.

A New York, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a annoncé la nomination d'un nouveau médiateur pour le Yémen après la démission le 16 avril de Jamal Benomar, critiqué par les partisans du président yéménite en exil et par leurs alliés du Golfe.

La nomination du Mauritanien Ismaïl Ould Cheikh Ahmed sera effective lundi si aucun pays du Conseil de sécurité ne s'y oppose.

Mais la reprise de pourparlers sous l'égide des Nations unies, ce que souhaitent les rebelles chiites Houthis, ne pourra se faire qu'après un arrêt total des frappes, ont prévenu ces derniers.

Les Houthis ont aussi salué mercredi "les efforts positifs" de l'ONU et son "soutien déclaré au dialogue national", alors que l'Arabie saoudite et ses alliés semblent préférer un processus régional.

Or deux jours après l'annonce par Ryad de la fin de la campagne aérienne déclenchée le 26 mars, les raids continuent au Yémen. Dans la nuit puis jeudi, ils ont été d'une grande intensité et ont touché pratiquement toutes les zones où les rebelles sont présents.

En annonçant la fin des frappes mardi, le gouvernement saoudien avait précisé qu'il se réservait la possibilité d'intervenir de nouveau si des mouvements rebelles se faisaient menaçants.

Ce qu'a répété mercredi l'ambassadeur saoudien à Washington Adel Al-Joubeir: "Lorsque les Houthis feront un geste agressif, il y aura une réponse". "Nous continuerons d'employer la force pour les empêcher de prendre le Yémen par des actions agressives", a-t-il dit.

Le marché pétrolier a été sensible au risque d'escalade au Yémen, les cours ouvrant jeudi à la hausse à New York.

Les développements depuis 48 heures prouvent que "les conditions objectives d'un véritable cessez-le-feu ne sont pas réunies" et que "la guerre n'est pas finie", a estimé l'analyste émirati Abdelkhaleq Abdulla.

Les nouvelles frappes aériennes ont visé dans la nuit et pendant la journée de jeudi des sites près de la capitale Sanaa (nord).

Une base aérienne à Hodeïda (ouest) a également été prise pour cible, ainsi qu'un rassemblement de miliciens chiites près de Marib (est de Sanaa).

Des habitants ont aussi fait état de raids près de la cité portuaire d'Aden, où des affrontements opposent toujours rebelles et combattants pro-Hadi, selon des témoins.

- Interrogations sur la stratégie de Ryad -

La poursuite des raids suscite des interrogations sur les raisons qui ont poussé l'Arabie saoudite à annoncer la fin de la campagne aérienne. Les spéculations vont bon train à ce sujet.

Certains mettent en avant des pressions internationales en raison des nombreuses victimes civiles du conflit, d'autres des conseils amicaux de pays occidentaux alliés de Ryad pour l'amorce d'un règlement politique et d'autres encore évoquent des négociations en coulisse qui ont déjà commencé avec des parties yéménites.

L'Arabie saoudite a fait l'objet de nombreuses critiques à propos du coût humain des raids, dont celles de Human Rights Watch, qui a demandé jeudi une enquête sur les bavures présumées de la guerre.

L'Organisation mondiale de la santé a fait déjà état d'un bilan de 1.080 morts et 4.352 blessés --civils et militaires-- depuis le 19 mars.

Au plan diplomatique, le Premier ministre du Pakistan, qui a pour le moment refusé de s'associer à l'intervention militaire de la coalition arabe, a été reçu jeudi par le roi Salmane. Nawaz Sharif était à la tête d'une importante délégation, composée notamment du chef de l'armée et du ministre de la Défense. Islamabad et Ryad sont des alliés de longue date.

Mercredi, les autorités pakistanaises avaient salué l'annonce par l'Arabie de l'arrêt de la campagne de raids intensifs au Yémen.

Dans la région, la Somalie, déjà gravement déstabilisée par des islamistes radicaux, a dit craindre les retombées de ce conflit.

"Notre économie ne peut supporter cet afflux de réfugiés" venus du Yémen, a déclaré à l'AFP le Premier ministre somalien Omar Abdirashid Ali Sharmake.

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