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23/04/2015 10:19 EDT | Actualisé 23/06/2015 01:12 EDT

Yémen: pas de répit dans les raids saoudiens, les rebelles toujours défiants

La coalition menée par l'Arabie saoudite a poursuivi à un rythme très soutenu jeudi ses raids au Yémen contre des rebelles chiites toujours défiants, estimant que la menace qu'ils représentent empêche à ce stade l'arrêt total des frappes aériennes.

Deux jours après l'annonce par Ryad de la fin de la campagne aérienne déclenchée le 26 mars, les raids de la nuit et de jeudi ont été d'une grande intensité et ont touché pratiquement toutes les zones où les rebelles Houthis sont présents dans le pays.

Pourtant, le gouvernement saoudien avait annoncé mardi que la phase intensive des frappes était "terminée", mais qu'il se réservait la possibilité d'intervenir de nouveau si des mouvements rebelles se faisaient menaçants.

C'est ce qu'a répété mercredi l'ambassadeur saoudien à Washington Adel Al-Joubeir. "Lorsque les Houthis feront un geste agressif, il y aura une réponse", a déclaré l'ambassadeur. "Nous continuerons d'employer la force pour les empêcher de prendre le Yémen par des actions agressives".

Le marché pétrolier a été sensible au risque d'escalade au Yémen, les cours ouvrant jeudi à la hausse à New York.

"C'est le Yémen, on dirait qu'il pourrait y avoir une escalade", a déclaré Michael Lynch chez Strategic Energy and Economic Research.

Les développements depuis 48 heures prouvent que "les conditions objectives d'un véritable cessez-le-feu ne sont pas réunies" et que "la guerre n'est pas finie", a estimé l'analyste émirati Abdelkhaleq Abdulla.

Les nouvelles frappes aériennes ont visé dans la nuit et pendant la journée de jeudi des sites près de la capitale Sanaa, au nord de la ville de Taëz (sud-ouest) et dans les villes de Yarim et d'Ibb (centre).

Plus au sud, d'autres positions des Houthis ont été prises pour cible à Lahj et Dhaleh, où cinq positions rebelles dans des écoles et des bâtiments publics ont été "rasées" jeudi après-midi, a indiqué à l'AFP Nasser Chouaïbi, chef local d'une unité paramilitaire soutenant le président Abd Rabbo Mansour Hadi, réfugié en Arabie saoudite.

En fin d'après-midi, une base aérienne à Hodeïda (ouest), sous le contrôle des Houthis, a été visée, ainsi qu'un rassemblement de miliciens chiites près de Marib (est de Sanaa), selon des habitants.

Dans la cité portuaire d'Aden, aucun raid n'a été signalé depuis la matinée, mais des affrontements opposent toujours rebelles et combattants pro-Hadi, selon des témoins.

- Interrogations sur la stratégie de Ryad -

La poursuite des raids suscite des interrogations sur les raisons qui ont poussé l'Arabie saoudite à annoncer la fin de la campagne aérienne. Les spéculations vont bon train à ce sujet.

Certains mettent en avant des pressions internationales en raison des nombreuses victimes civiles du conflit, d'autres des conseils amicaux de pays occidentaux alliés de Ryad pour l'amorce d'un règlement politique, d'autres encore évoquent des négociations en coulisse qui ont déjà commencé avec des parties yéménites.

L'Arabie saoudite a fait l'objet de nombreuses critiques à propos du coût humain des raids, dont celles de Human Rights Watch, qui a demandé jeudi une enquête sur les bavures présumées de la guerre.

L'Organisation mondiale de la santé a fait déjà état d'un bilan de 1.080 morts et 4.352 blessés --civils et militaires-- depuis le 19 mars.

Au plan diplomatique, le Premier ministre du Pakistan, qui a pour le moment refusé de s'associer à l'intervention militaire de la coalition arabe, est arrivé jeudi à Ryad pour discuter du Yémen.

Nawaz Sharif, qui a été reçu par le roi Salmane, est à la tête d'une importante délégation, composée notamment du chef de l'armée et du ministre de la Défense. Le Pakistan et l'Arabie saoudite sont des alliés de longue date.

Mercredi, les autorités pakistanaises avaient salué l'annonce par Ryad de l'arrêt de la campagne de raids intensifs au Yémen. Mais les frappes se sont poursuivies mercredi et jeudi.

Les rebelles Houthis ont exigé l'arrêt total des raids aériens avant une éventuelle reprise du processus politique sous l'égide des Nations unies.

Ils ont aussi salué "les efforts positifs" des Nations unies et leur "soutien déclaré au dialogue national", alors que l'Arabie saoudite et ses alliés semblent préférer un processus régional.

Dans la région, la Somalie, déjà gravement déstabilisée par des islamistes radicaux, a dit craindre les retombées du conflit au Yémen.

"Notre économie ne peut supporter cet afflux de réfugiés" venus du Yémen, a déclaré à l'AFP le Premier ministre somalien Omar Abdirashid Ali Sharmake.

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