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23/04/2015 08:06 EDT | Actualisé 23/06/2015 01:12 EDT

Yémen: pas de répit dans les raids aériens malgré l'annonce de Ryad

La coalition menée par l'Arabie saoudite a poursuivi à un rythme soutenu ses raids jeudi contre les rebelles chiites au Yémen, estimant que la menace qu'ils représentent empêche à ce stade l'arrêt total des frappes aériennes.

Deux jours après l'annonce par Ryad de la fin de la campagne aérienne déclenchée le 26 mars, de nouveaux raids ont été lancés dans la nuit et jeudi contre des positions rebelles au Yémen, tandis que des combats ont opposé des factions rivales, notamment dans la grande ville d'Aden (sud), selon des habitants.

Mardi, le gouvernement saoudien avait annoncé que la phase intensive des frappes était "terminée", mais qu'il se réservait la possibilité d'intervenir de nouveau si des mouvements rebelles se faisaient menaçants.

C'est ce qu'a répété mercredi l'ambassadeur saoudien à Washington Adel Al-Joubeir. "Lorsque les Houthis feront un geste agressif, il y aura une réponse", a déclaré l'ambassadeur. "Nous continuerons d'employer la force pour les empêcher de prendre le Yémen par des actions agressives".

Selon lui, les rebelles Houthis, issus de la minorité zaïdite chiite yéménite, ont commencé à converger vers Aden "depuis trois endroits différents". Ces forces pourraient être à Aden "d'ici quelques heures, si ce n'est plus tôt", a-t-il dit.

Les développements depuis 48 heures prouvent que "les conditions objectives d'un véritable cessez-le-feu ne sont pas réunies" et que "la guerre n'est pas finie", a estimé l'analyste émirati Abdelkhaleq Abdulla.

Les nouvelles frappes aériennes ont visé dans la nuit et pendant la journée de jeudi des sites près de la capitale Sanaa, au nord de la ville de Taëz (sud-ouest) et dans les villes de Yarim et d'Ibb (centre).

Plus au sud, d'autres positions des Houthis ont été prises pour cible à Lahj et Dhaleh, où cinq positions rebelles dans des écoles et des bâtiments publics ont été "rasées" suite à de violents raids jeudi après-midi, a indiqué à l'AFP Nasser Chouaïbi, chef local d'une unité paramilitaire soutenant le président Abd Rabbo Mansour Hadi, réfugié en Arabie saoudite.

Dans la cité portuaire d'Aden, aucun raid n'avait été signalé depuis la matinée, mais des affrontements opposaient toujours rebelles et combattants pro-Hadi dans l'après-midi, selon des témoins.

- Interrogations sur la stratégie de Ryad -

La poursuite des raids suscite des interrogations sur les raisons qui ont poussé l'Arabie saoudite à annoncer la fin de la campagne aérienne. Les spéculations vont bon train à ce sujet.

Certains mettent en avant des pressions internationales en raison des nombreuses victimes civiles du conflit, d'autres des conseils amicaux de pays occidentaux alliés de Ryad pour l'amorce d'un règlement politique, d'autres encore évoquent des négociations en coulisse qui ont déjà commencé avec des parties yéménites.

L'Arabie saoudite a fait l'objet de nombreuses critiques à propos du coût humain des raids, dont celles de Human Rights Watch, qui a demandé jeudi une enquête sur les bavures présumées de la guerre.

HRW avait déjà dénoncé le 13 avril "le nombre alarmant de civils tués". L'Organisation mondiale de la santé fera état quatre jours plus tard d'un bilan de 944 morts et 3.487 blessés --civils et militaires-- depuis le 19 mars.

Participant à l'effort humanitaire, la Fondation Bill et Melinda Gates a annoncé jeudi une contribution de 800.000 dollars en faveur des hôpitaux du Yémen.

Les rebelles Houthis ont exigé l'arrêt total des raids aériens avant une éventuelle reprise du processus politique sous l'égide des Nations unies.

"Après un arrêt complet de l'agression contre le Yémen et la levée du blocus (aérien et maritime), nous exigeons la reprise du dialogue politique, là où il s'était arrêté (...), sous le parrainage de l'ONU", a déclaré Mohammed Abdelsalam, porte-parole des Houthis.

Il a aussi salué "les efforts positifs" des Nations unies et leur "soutien déclaré au dialogue national", alors que l'Arabie saoudite et ses alliés semblent préférer un processus régional.

La presse du Golfe pullulait jeudi d'informations non confirmées sur des contacts régionaux en vue d'une reprise des négociations au Yémen. Selon l'analyste Abdulla, "il y a plusieurs tentatives pour trouver une solution politique".

Asharq al-Awsat, quotidien à capitaux saoudiens, évoquait en particulier des contacts à Ryad avec des proches de l'ex-président Ali Abdallah Saleh, qui a soutenu les Houthis et auquel il serait proposé de quitter le Yémen pour faciliter une solution dans le pays.

En Arabie saoudite, pays frontalier du Yémen, les autorités ont renforcé les mesures de sécurité à Ryad autour des centres commerciaux de crainte d'attentat, selon un correspondant de l'AFP dans la capitale saoudienne.

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