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23/04/2015 17:49 EDT | Actualisé 23/06/2015 01:12 EDT

RDC : regain de tension à la frontière avec le Rwanda

Accrochage militaire à la frontière, "infiltration" de soldats rwandais : au Nord-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo, la zone limitrophe du Rwanda connaît un soudain regain de tension, qui inquiète dans la population.

Sans que cela soit nécessairement lié, trois agents de la Mission de l'ONU au Congo (Monusco) ont été enlevés jeudi après-midi à Kibumba, localité agricole frontalière du Rwanda, à 30 km au nord de Goma, la capitale du Nord-Kivu.

Selon les Forces armées de la RDC (FARDC) un soldat congolais a été blessé mercredi à une cinquantaine de kilomètres au nord de Goma, dans un échange de tirs avec des troupes rwandaises ayant passé la frontière et installé une position sur une colline.

"Nous avons été informés de l'infiltration d'une centaine de militaires rwandais" du côté de Kibumba, en territoire de Nyiragongo, a déclaré de son côté Julien Paluku, gouverneur du Nord-Kivu, province déchirée par les conflits depuis vingt ans et où opèrent toujours des rebelles hutu rwandais (FDLR) opposés au président rwandais Paul Kagame.

Selon des habitants, cette infiltration a commencé dimanche.

A Kibumba, les gens ont peur de parler. Au pied de la colline de Hehu, au sommet de laquelle passe la frontière, un vieil homme accepte néanmoins de dire ce qu'il a "vu" dans la nuit de samedi à dimanche.

"C'était vers 20h ou 21h", raconte-t-il, "des soldats rwandais sont passés", "ils avaient des torches et parlaient kinyarwanda dans leurs radios".

Une vieille femme dit avoir entendu "les pas des militaires qui passaient" et s'être cachée.

Mambo Kawaya, président de la Société civile de Nyiragongo, a indiqué avoir alerté les autorités dès dimanche sur "l'incursion de troupes rwandaises en RDC".

- 'Distance raisonnable' -

Interrogées par l'AFP à Kigali, les autorités rwandaises se sont murées dans le silence alors que le président Paul Kagame est en voyage à l'étranger.

Selon une source onusienne à Goma, "trois agents de la Monusco, à savoir un international et deux nationaux d'UN-MAG, ont été kidnappés à Kibumba" jeudi après-midi.

UN-MAG est l'unité de la la Mission des Nations unies au Congo (Monusco) chargée du déminage et de la neutralisation des munitions n'ayant pas explosé au Nord-Kivu.

Les circonstances de ces enlèvements restaient floues jeudi soir. Selon un officier des FARDC, le véhicule des employés de l'ONU a été retrouvé vide, le moteur toujours en marche.

Les relations entre le Congo et son voisin sont tendues. La RDC a subi des incursions des troupes rwandaises pendant les deux guerres du Congo (1996-1997 et 1998-2003). Et Kigali a soutenu plusieurs milices congolaises à dominante tutsi qui se sont succédé au Nord-Kivu, et dont le dernier avatar a été le Mouvement du 23 Mars (M23), battu militairement en novembre 2013.

Les incidents frontaliers sont fréquents sans être toujours violents. En juin 2014, les choses avaient néanmoins dégénéré en deux jours d'affrontements.

A l'issue d'une enquête, l'organisme international chargé de surveiller la frontière, l'EJVM, avait noté l'absence d'une démarcation visible entre les deux pays dans la zone, et recommandé à la RDC et au Rwanda de faire en sorte que leurs troupes soient déployées à "une distance raisonnable de la frontière" pour éviter de nouveaux accrochages.

La zone frontalière abrite des rebelles des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

L'armée congolaise a déclenché fin février une opération contre cette milice dont certains des dirigeants et des membres les plus anciens sont présents dans l'est du Congo depuis la fin du génocide rwandais de 1994, auquel ils sont accusés d'avoir participé.

L'armée congolaise, qui a décidé de réaliser cette opération sans l'aide des Casques bleus de la Monusco, dit vouloir obtenir la reddition des quelque 1.500 combattants que compteraient encore les FDLR.

M. Kagame, qui ne cesse de réclamer la mise hors d'état de nuire de ces rebelles, ne croira quant à lui à cette opération que "quand les résultats (...) seront là", d'après des déclarations qu'il a faites fin mars à l'hebdomadaire Jeune Afrique.

L'absence de la Monusco "ne fait que renforcer notre détermination à ne compter que sur nos propres forces", avait-il alors ajouté.

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