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23/04/2015 09:11 EDT | Actualisé 23/06/2015 01:12 EDT

Les dirigeants européens sommés de répondre enfin au drame des migrants

Les dirigeants européens étaient sommés jeudi d'apporter enfin des réponses efficaces au drame des migrants en Méditerranée incluant des opérations militaires contre les trafiquants, mais aussi de se montrer plus solidaires dans l'accueil des réfugiés.

Mais le président du Conseil, Donald Tusk, a d'emblée tempéré les attentes. "Personne ne se fait d'illusions. Les problèmes ne seront pas résolus aujourd'hui", a-t-il déclaré peu avant le début de la réunion, convoquée après la dernière tragédie qui a fait quelque 800 morts.

"Le plus difficile pour les gouvernements sera de montrer une réelle solidarité", a-t-il affirmé. "Ils devront montrer s'ils sont prêts à sacrifier leurs intérêts nationaux".

C'est exactement ce que le chef du gouvernement grec, Alexis Tsipras, a demandé à son arrivée. L'un des enjeux de la réunion est de montrer "la solidarité avec les pays de la ligne de front", par le partage de l'accueil des migrants, a-t-il lancé. La Grèce, l'Italie et Malte sont les trois pays d'arrivée des migrants partis des côtes de la Libye.

Une cérémonie s'est déroulée jeudi matin à Malte à la mémoire de victimes du naufrage de dimanche, devant les cercueils des 24 migrants dont les corps ont pu être récupérés.

Quelque 1.750 migrants et réfugiés ont perdu la vie depuis le début de l'année en tentant de traverser la Méditerranée, déplore l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Plus de 20.000 migrants sont déjà arrivés en Italie depuis le début de l'année. Et rien ne semble les décourager. Plus de 200 ont encore débarqué jeudi matin dans le port sicilien de Catane, et l'Italie s'attend à un flux continu qui pourrait être de 5.000 par semaine jusqu'en septembre.

- 'Guerre aux trafiquants' -

"Si nous ne faisons rien, nous allons voir cette année un demi-million de migrants traverser la Méditerranée, et dans ce cas, il pourrait potentiellement y avoir jusqu'à 10.000 morts", a averti Koji Sekimizu, le directeur de l'Organisation maritime internationale (OMI).

Les chefs d'Etat et de gouvernement vont plancher sur un plan d'action, réplique de celui adopté en 2013 après le naufrage de Lampedusa, mais jamais mis en oeuvre.

"J'espère qu'un plan de travail pourra être élaboré dans les prochains jours, une feuille de route indiquant la marche à suivre", a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel, en soulignant que "nous avons encore beaucoup, beaucoup à faire".

"Saurons-t-ils se montrer à la hauteur? En paroles, oui, mais en actions, je doute", a confié à l'AFP un haut responsable européen. "C'est toujours la même problématique: comment agir avant, pendant et après la traversée", expliquent les diplomates à Bruxelles.

L'UE doit "déclarer la guerre aux trafiquants d'êtres humains", a affirmé le commissaire aux affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos.

Dans un projet de déclaration finale, dont l'AFP a obtenu copie, les 28 s'engagent à tout faire "pour identifier, capturer et détruire les bateaux avant qu'ils ne soient utilisés par les trafiquants".

Pour ce faire, il faut monter une opération militaire, une première dans la lutte contre l'immigration clandestine. "C'est compliqué, cela prendra du temps, imposera un mandat des Nations unies, un accord du gouvernement libyen, la mobilisation de moyens militaires et imposera d'accepter des pertes humaines", avertissent diplomates et experts.

- 'Manque d'ambition épouvantable' -

Les premières consultations montrent "une volonté politique de lancer ce signal fort", a confié à l'AFP une source proche du dossier.

Le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, a demandé de mener des "interventions ciblées" contre les passeurs en Libye, devenu le pays d'embarquement des migrants et des candidats à l'asile en direction de l'Italie et de Malte.

L'Union européenne va dans l'immédiat renforcer les opérations de surveillance et de sauvetage en Méditerranée. Le plan propose de doubler, de trois à six millions d'euros, le budget mensuel alloué à Frontex, l'agence chargée de la surveillances des frontières, afin de renforcer les moyens alloués aux missions maritimes Triton en Italie et Poséidon en Grèce.

Le troisième volet traite de l'accueil. Il propose aux Etats d'accueillir "au moins 5.000 personnes" ayant déjà obtenu le statut de réfugiés, dans le cadre d'un projet de réinstallation. Il est destiné aux Syriens, pour les dissuader de tenter la traversée.

Dans le même temps, l'UE veut renvoyer au plus vite les migrants économiques. Les Etats sont invités à aider l'Italie, la Grèce et Malte à enregistrer les arrivants et trier entre ceux qui pourront bénéficier du droit d'asile et ceux qui seront renvoyés.

C'est la partie la plus controversée du plan, contre laquelle s'insurgent les organisation humanitaires et nombre de députés européens. Le Haut Commissariat pour Les Réfugiés a déploré "une approche minimaliste", et le président des Libéraux au Parlement européen, Guy Verhofstadt, a fustigé "une manque d'ambition épouvantable".

Les témoignages des 28 survivants de la dernière tragédie qui a fait 800 morts, sont effrayants. L'un d'eux, Abdirizzak, a raconté avoir échappé à la mort parce qu'il se trouvait dans la partie supérieure du chalutier. "Ceux qui avaient le moins d'argent ont été enfermés à fond de cale".

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