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23/04/2015 07:09 EDT | Actualisé 23/06/2015 01:12 EDT

Le président burundais, un "proche du peuple" de plus en plus contesté

Grand sportif, protestant "born again", le président burundais Pierre Nkurunziza, ex-chef rebelle que son parti s'apprête à investir pour la présidentielle, se pose en "père de la Nation", à l'image pourtant de plus en plus écornée.

A 51 ans, ce membre de l'ethnie majoritaire hutu, accusé d'être "un populiste" par ses adversaires, élu en 2005 puis en 2010, n'a jamais caché sa volonté de se représenter au scrutin de juin, quitte à diviser le petit pays des Grands Lacs.

Formé par des années de maquis, "Nkurunziza est quelqu'un qui a un instinct de survie et de maintien au pouvoir très élevé, quelqu'un de très calculateur qui s'est mis à travailler pour sa prochaine réélection dès qu'il a été élu en 2005", assure Innocent Muhozi, président de l'Observatoire de la presse au Burundi (OPB).

"Ce sont ses détracteurs qui tiennent ce genre de discours", rétorque le responsable de la communication présidentielle, Willy Nyamitwe. "Le président sait que pour bien gouverner il faut être proche du peuple, mais il n'oublie pas pour autant son travail".

Pour "preuve" de sa "bonne gouvernance", il détaille sa semaine de travail:

Du lundi au jeudi, "levé très tôt", le président rejoint son bureau dès 06H30 après une petite heure de natation, puis repart en milieu d'après-midi pour une partie de football ou de basket sur un terrain privé au bord du lac Tanganyika. Puis "il monte à l'intérieur du pays à la rencontre de la population, pour s'adonner aux travaux communautaires, avant de consacrer le dimanche à sa famille".

Mais ce qui est pour ses services un emploi du temps modèle fait tiquer ses détracteurs.

"Ce président passe son temps à (...) construire des écoles, pétrir le ciment ou la boue, jouer au football ou prier et n'a pas le temps de s'occuper des dossiers", ironise Léonce Ngendakumana, président du parti d'opposition Frodebu.

Pierre Nkurunzia ne se déplace jamais sans son équipe de football et sa chorale. Partout où il passe, il joue avec des équipes locales ou organise des prières.

Mais pour ses nombreux soutiens, cela ne l'empêche pas d'avoir réalisé une "oeuvre titanesque": "Il a construit plus d'écoles que tous ses prédécesseurs en 45 ans d'indépendance", dit M. Nyamitwe.

Plus de 5.000 établissements ont été construits. Dix stades omnisports aussi, dont l'un, un bijou construit dans la localité natale du chef de l'Etat (Buye, province de Ngozi, nord), est réservé à son usage exclusif.

- "Volonté divine" -

Pierre Nkurunziza est né le 18 décembre 1964 dans une famille aisée. En 1972, son père, député, est tué lors des massacres interethniques qui déciment l'élite hutu.

"Nkurunziza, comme la plupart des dirigeants de la (future) rébellion des FDD", formée au début de la longue guerre civile 1993-2006, "est un orphelin de 1972", explique un haut fonctionnaire.

A la sortie du lycée, il veut devenir officier ou économiste: impossible du fait des restrictions visant les Hutu mises en place par le pouvoir tutsi d'alors.

Deux ans avant le début de la guerre civile, il devient finalement professeur d'éducation physique. Aujourd'hui encore, crâne rasé et carrure d'athlète, il dévale régulièrement à vélo les collines surplombant la capitale Bujumbura.

Le futur chef de l'Etat s'engage dans la rébellion en 1995. Gravement blessé à la jambe, il survit quatre mois dans des marécages: "Dieu m'a sauvé", dira-t-il. De là date sa conversion à "l'évangelisme". Dieu, assure-t-il, lui est apparu pour lui annoncer qu'il dirigerait un jour le pays.

"Nkurunziza croit en effet qu'il est président de la République de part la volonté divine (...) et il organise donc toute sa vie et sa gouvernance autour de ces valeurs", confirme M. Nyamitwe. "Chaque année, il organise deux grandes croisades de prières pour rendre grâce à Dieu".

Pendant une semaine, lui et son épouse, pasteure évangéliste, prêchent la bonne parole devant des milliers de citoyens et les hauts responsables gouvernementaux, militaires et policiers du pays. Ils lavent les pieds des plus pauvres, "à l'exemple de Jésus".

"La pauvreté s'est accrue, les violations des droits de l'Homme sont la règle et la corruption s'est généralisée depuis que Nkurunziza est au pouvoir", dénonce pourtant un farouche opposant, Alexis Sinduhije, qui vit en exil.

Désormais, le chef de l'Etat est contesté jusque dans les rangs de son parti, le Cndd-FDD, qui devrait officiellement le désigner candidat à la présidentielle lors d'un congrès samedi.

Quelque 130 hauts cadres du parti se sont publiquement opposés à un troisième mandat. Tous ont cependant perdu leurs postes, certains se retrouvant même en prison ou choisissant la clandestinité, craignant "pour leur vie".

"Sous ses dehors de gentil (...), c'est un homme impitoyable", résume un ex-proche du président. "Quoiqu'il arrive, Pierre Nkurunziza sera candidat à sa propre succession et gare à ceux qui vont se mettre en travers de sa route".

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