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23/04/2015 00:45 EDT | Actualisé 22/06/2015 01:12 EDT

Le climat, priorité des Etats-Unis au Conseil de l'Arctique

Les Etats-Unis entendent faire de la lutte contre le changement climatique l'une de leurs priorités à la tête du Conseil de l'Arctique, mais les relations tendues avec la Russie risquent de nuire à la réalisation de cet objectif.

Les Etats-Unis prendront vendredi la présidence tournante de ce forum intergouvernemental au terme d'une conférence ministérielle de deux jours dans la ville canadienne d'Iqaluit, sur l'île de Baffin (nord-est).

La conférence réunira les ministres des huit pays frontaliers de l'Arctique (Canada, Danemark, Etats-Unis, Finlande, Islande, Norvège, Russie et Suède), de même que les Inuits de la région et des Etats observateurs comme la Chine ou la France.

L'instance a pour but de promouvoir la coopération sur l'environnement, l'exploitation des richesses pétrolières et minières, le transport maritime, la pêche et le tourisme, à un moment où la fonte des glaces et l'augmentation du niveau de la mer suscitent des inquiétudes grandissantes.

Parmi les priorités de Washington, qui sera représenté à Iqaluit par le secrétaire d'Etat John Kerry, "figurent les impacts du changement climatique, la sauvegarde, la sécurité et l'administration de l'Océan Arctique, ainsi que l'amélioration des conditions de vie des peuples de l'Arctique", a dit une porte-parole du département d'Etat, Marie Harf.

Ces objectifs tranchent avec ceux du Canada qui avait plutôt mis l'accent sur l'exploitation des ressources minières et pétrolières de la région sous sa présidence ces deux dernières années, avec notamment la création d'un Conseil économique de l'Arctique où siègent des représentants de grandes entreprises.

L'Arctique renfermerait 13% des ressources mondiales non découvertes de pétrole et 30% de celles de gaz naturel, selon une étude du Service géologique américain datant de 2008.

Cette manne, combinée à la fonte des glaces de l'Arctique qui ouvre peu à peu de nouvelles routes maritimes entre les océans Atlantique et Pacifique, attise les convoitises de plusieurs pays dans la région.

- Développement durable -

Au même moment, plusieurs autres pays s'inquiètent des conséquences du dérèglement climatique dans l'Arctique, région qui se réchauffe plus rapidement que le reste de la planète.

Ainsi le président de l'archipel des Kiribati dans le Pacifique, Anote Tong, vient d'écrire une tribune expliquant pourquoi son pays cherche à obtenir un statut d'observateur au Conseil de l'Arctique. "L'Arctique est loin de chez moi, mais son impact sur le Pacifique et sur le reste du monde est direct avec la fonte des glaces polaires", a-t-il déclaré en disant craindre que son archipel ne soit submergé par la montée des eaux.

En février, un groupe de 45 experts des relations internationales réunis par la Fondation Carnegie a recommandé que l'Arctique "demeure une région de coopération pacifique, de recherche scientifique et de développement durable".

Les relations entre la Russie et les pays occidentaux sont crispées dans le reste du monde, Moscou étant notamment sous le coup de sanctions occidentales pour son intervention dans la crise ukrainienne.

Une réunion préparatoire à la conférence d'Iqaluit devait avoir lieu mercredi à Ottawa, mais celle-ci a été annulée, des sources laissant entendre que le gouvernement canadien, qui entretient des relations glaciales avec Moscou, ne souhaitait pas la présence de diplomates russes dans la capitale.

L'an dernier, le Canada et les Etats-Unis avaient boycotté une réunion d'un groupe de travail du Conseil de l'Arctique à Moscou, Ottawa invoquant l'intervention russe en Ukraine.

Moscou semble cette fois riposter avec l'annonce par le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov qu'il ne participera pas vendredi à la réunion ministérielle de l'organisation, une première pour lui depuis 2004. La Russie sera représentée par son ministre de l'Environnement, Sergueï Donskoï.

La Russie avait cependant participé le mois dernier au premier forum des gardes-côtes de l'Arctique à Washington.

"Les tensions politiques avec la Russie érodent peut-être un peu en ce moment le désir d'une plus grande coopération", déclarait la semaine dernière la sénatrice républicaine de l'Alaska, Lisa Murkowski.

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